Jour 45

La nuit a porté ces fruits. Je me lève et me dirige machinalement vers la bouilloire. Je prépare une tisane et me rends sur mon tapis de yoga. La séance ancre en moi, les motivations qui me poussent à pratiquer. Je rencontre encore des difficultés. Mes membres vibrent puissamment. Plus d’une fois, je marque un temps de pause et reprend la pose. Je m’acharne. Constater tout ce que j’ai perdu, en termes de capacité, aujourd’hui, ça a le don de me pousser davantage. Plutôt que de m’attrister, ça me met en rage. J’ai clairement envie d’en découdre et de secouer mon avenir. Je veux gagner en possibilités.

Je sors de cette pratique éveillée et prête à attaquer la journée.

Mon planning de yoga. Je me réjouis de pouvoir inscrire au fur et a mesure un petit coeur.

Je passe énormément de temps sur du travail administratif. Les minutes défilent et l’heure se complète. Il est déjà l’heure de manger. Heureusement, il y a des restes de la veille. Je mange et repense à ma récente prise de conscience à ce propos. Là aussi, je profite d’encrer ce souhait d’être plus régulière.

L’après-midi, le travail s’enchaîne, entrecoupé d’un rendez-vous médical.

Il est dix-huit heure sur ma montre. Mes jambes semblent usées, pourtant, j’ai très envie de bouger. J’ai envie de me dépenser. Foutu pour foutu, j’enclenche la musique et me mets à danser. J’ai besoin de sentir mon corps de l’intérieur. Par moment, je ne peux m’empêcher de faire des mouvements qui ravivent mes douleurs. Je suis capable de les faire, la douleur n’a aucune valeur. Je ne veux pas lui laisser cette place précieuse. Je ne veux pas l’entendre, alors l’espace d’une dizaine de musique, elle est muette. Je tente de me persuader et d’imprimer dans mon cerveau, des chemins où la douleur ne laisse pas d’empreinte négative. Ce moment léger m’apporte une bouffée de bonheur. Je savoure.

Après le repas, j’ai envie d’écrire. Je n’en ai pas encore eu l’opportunité. Au moment où mes doigts se posent sur le clavier, les décharges du côté droit débarquent. Pendant une seconde, je suis agacée. Forcément, maintenant que je me suis assise, que mes jambes peuvent se reposer, ce sont les mains qui prennent le relais. Quelle blague! Mon corps a envie de jouer avec mes nerfs. Il n’a pas compris un truc. Aujourd’hui, je suis aussi d’humeur joueuse et s’il veut voir qui est le plus fort, il va vite déchanter. Je vais chercher un pack de glace, et le pose au point culminant. J’articule mes doigts sur les touches et durant les premières minutes, c’est une vraie bataille. Ça me fait mal mais bon sang, j’ai profondément envie d’écrire. Et je n’ai pas dit mon dernier mot (humour, parce qu’il en faut). Alors je prends les signaux de détresse et au fur et à mesure que les mots s’amassent, je les rends plus discrets.

Plusieurs émotions me viennent lorsque je vais me coucher. Je récapitule ma journée et apprécie de n’avoir rien lâcher. Je suis fière. Cependant, je sais pertinemment que certains jours, je serais contrainte d’en faire moins. Je sais que ces jours-là, il faudra accepter que je ne peux pas gagner toutes les batailles. Mais ce que je réalise d’autant plus c’est à quel point je dois savourer d’avoir remporté cette armistice.

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