Jour 55 – Simple délice

Hier, je me suis couchée avec les poules. Ce matin, je me réveille avec le coq. L’obscurité de la pièce m’englobe. Je commence par bouger les orteils, prudemment. Puis vient le tour de mes doigts et je finis par l’étirement total. J’ai la sensation que l’orage de la veille est enfin terminé. Quel soulagement.

Légère, je me lève. Je sais que j’ai plusieurs obligations et je n’ai pas la possibilité de faire mon yoga tout de suite. Je me promets de trouver un moment dans la matinée.

Je m’habille rapidement et tout aussi vite, je suis à l’extérieur. C’est un jour humide. La neige a cédé sa place à la pluie. Finalement, je n’aurais pas profité du manteau blanc d’il y a deux jours. En observant sa beauté, je savais pertinemment qu’il est du genre à ne pas s’installer. L’éphémérité, c’est aussi ce qui compose son charme. Il ne laisse de trace que dans mon esprit. J’attendrais son retour, patiemment. Dans la rue, je marche rapidement. Une fois ma mission achevée, j’en profite pour passer dans une boulangerie-pâtisserie. C’est le seul endroit dans le coin où je peux me fournir deux-trois choses sympas pour mon palais et qui concorde avec ma santé. Et ça m’évite de devoir passer par la case cuisine, pour une fois. C’est d’autant meilleur de savourer quelque chose de difficile à confectionner, dans ce genre de circonstance. Je repars, avec une baguette au levain, à base de sarrasin et de riz. Elle est encore tiède, je rêve de croquer dedans. Ça me procure un sentiment de normalité alimentaire que je n’ai pas souvent, c’est agréable.

Le bonheur se cache dans les choses simples.

En rentrant, malgré la monté et le feu qui se propage dans mes jambes, je déborde d’une vitalité sans limite. Je liste rapidement ce que j’ai à faire et jongle ma matinée avec brio. Je ne m’arrête pas une seconde.

Peu avant midi, c’est enfin le moment de faire du yoga. J’arrive sur le tapis, complètement mouvementée intérieurement. C’est le moment idéal pour amener le calme. Ça tombe bien car la pratique commence par un temps de respiration les yeux fermés. Première pensée: Vais-je réussir à faire le vide? Et sans que je m’en aperçoives, mon souffle s’encre et commence à émettre le son de l’océan. Je suis complètement dans le moment présent, dans mes sensations et mon esprit est limpide. Je m’autorise quelques variantes ça et là. À la fin de la séance, je suis déçue que ce moment soit déjà terminé. Toutes les bonnes choses ont donc bien une fin.

Ce midi, je me prépare un sandwich avec la baguette fraîche. Je croque avec joie. Ma mâchoire faiblit mais tant pis, je prendrais le temps qu’il faudra pour savourer chaque miette de cette assiette. C’est délicieux.

L’après-midi, j’ai rendez-vous chez une thérapeute. J’ai déjà fait la route plusieurs fois et encore aujourd’hui, je trouve de nouvelles choses que je n’avais encore jamais observé. Il pleut abondamment et le martellement de l’eau créer un rythme sur le pare-brise. J’arrive sur le lieu et la séance se déroule. Elle se termine et je me dirige vers la cage d’escaliers. Une mélodie puissante y règne. Le bâtiment est d’une autre époque mais surtout, il est appondu à un temple religieux. La musique qui s’en dégage me force à marquer un arrêt. Je sens l’énergie de la personne qui joue de l’orgue. Je perçois aussi que ce n’est pas le même genre que durant un office. L’organiste s’amuse et c’est saisissant. Je ne suis pas dans la même pièce que l’instrument pourtant les vibrations viennent jusqu’au centre de mon corps. Je suis réceptive et je savoure ce cadeau inattendu.

Arrivée à la voiture, je suis heureuse de ne pas conduire. Je passe le retour à lutter pour ne pas plonger dans le sommeil. Il m’appelle si fort. Le traitement est aussi épuisant que les pathologies mais il en vaut la peine.

En rentrant, je prends une collation pour me redonner des forces car j’ai très envie d’écrire. Mes premières lignes sont difficiles. Mes mains sont usées et mes yeux ne demandent qu’à être fermés. J’ai l’impression d’avoir du papier de verre à la place de la peau des paupières, me râpant à chaque clignements. Je tente d’aller à l’essentiel. Je sais que je dois absolument me reposer. Les mots s’amoncellent et ma fatigue gagne du terrain. Lentement, je griffonne les mots sans savoir, sans comprendre. Je dois m’arrêter ici. J’ai épuisé le stock pour aujourd’hui.

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