Jour 81 – Aller au-delà de la peur

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Je me lève avec facilité. Instinctivement, je reporte ma séance de yoga matinale à plus tard, comme si je savais qu’elle me serait plus bénéfique à un autre moment. Pourtant, ce qui me guide c’est l’écoute de mes besoins et à l’instant, je n’ai pas besoin de pratiquer. Alors, je vais prendre mon petit-déjeuner et boire ma tisane tranquillement.

Puis, pendant que le linge se lave, je vais m’atteler a repeindre un meuble. L’activité est plus physique que je ne l’imaginais. Tenir le rouleau de peinture et recouvrir ce meuble relève très vite du défi. Lorsque je dois ouvrir le pot de vernis, je suis confronté à une difficulté. J’ai beau tenter toutes les stratégies, ce pot ne veut pas s’ouvrir. J’y mets toute ma force et doucement, je commence à penser que je n’en ai pas assez. C’est au moment où je me dis qu’il n’y a plus d’espoir, qu’il réapparaît. Le pot s’ouvre et finalement, j’y ai mis tellement de force que j’ai percé le flacon. Comme quoi, finalement, je ne suis pas aussi faible que je ne le pensais. Il ne faut pas que je l’oublie.

Je vernis mon meuble, en inspirant et expirant en plein conscience. J’ai besoin d’amener des encouragements dans mes mains souffrantes. J’ai l’impression d’être entrain de pratiquer du yoga, tellement je dois me concentrer sur ma respiration pour que mon corps accepte les mouvements que je lui impose.

Puis, une fois terminé je m’installe pour écrire. Mes doigts sont raidis par les efforts de la matinée, alors je tente de ne pas faire bousculer les idées. Les mots viennent tout seuls, comme par magie.

Peu après midi, mon linge est enfin propre, mon meuble vernis et mon texte écrit. Je suis satisfaite et j’ai la sensation d’avoir vécue une journée condensée. Je m’installe dans le canapé et savoure mon repas. Par la suite, je m’accorde du temps de légèreté devant une série. J’avale quelques épisodes quand soudainement, j’ai l’âme d’entreprendre.

Aujourd’hui, j’aimerais reprendre un apprentissage que j’ai laissé tomber. Il y a un peu plus d’une année, j’ai investi dans un piano car je souhaitais apprendre. Durant mon enfance, j’avais appris le solfège ainsi que je jouais du xylophone et j’avais pu toucher quelques fois le piano. Malheureusement, en grandissant sans pratiquer, il ne me reste que des bribes. Et donc, il y a quelques mois, je m’étais convaincue de m’y remettre, motivée. C’était sans compter l’intervention de la maladie, qui agissait sournoisement, dans l’ombre. Quelques semaines plus tard, alors que je faisais des progrès en piano et en solfège, je tombais au plus bas. J’étais à bout de force et il était impensable de faire une quelquoncque activité. Faire défiler mes doigts sur les touches avaient commencé à déclencher de violentes crampes. Je ne parvenais même plus à prendre des objets dans mes mains. Alors comme pour tout le reste de ma vie à cette époque, j’ai abandonné. Dès lors, je vois tous les jours cet instrument. Il est en face d’une fenêtre offrant une magnifique vue. J’ai toujours apprécier m’installer là pour apprendre, jouer et me plonger dans ce monde à part. Alors, me voilà aujourd’hui sur mon tabouret face à mon piano. Je veux effacer ce goût d’échec malgré moi, je veux remplacer le souvenir de l’avoir abandonné par des notes dans les airs. C’est ainsi que je reprends mes leçons dès le début. Et doucement, ça revient. À la fin, j’écoute un morceau de classique pour clore ce moment musical. A demie-voix, je fais le souhait de revenir demain, reposer mes doigts sur les touches.

Forte de ce premier pas, je vais me préparer pour faire une séance de yoga. J’ai besoin d’extérioriser toute cette belle énergie. La séance va être tonique, challengeante et contre toute attente, je me dépasse.

J’ai la sensation que c’est un pas de plus vers le mieux être mais la vérité, c’est que je savoure l’instant. Je ne veux pas mieux que maintenant tellement je suis heureuse, épanouie et comblée. Je me satisfait de cette vie, différente et riche. Et c’est sur ces belles pensées que je m’endors.

Jour 73 – En suspension

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La journée commence dans la lenteur. Comme si la nuit n’avait pas délivré son effet reposant.

Eveillée, j’attends de réunir mon énergie pour pouvoir sortir de mon lit. Et je me rends compte que j’ai beau attendre, elle ne viendra jamais. Alors, je prends les devants, avec paresse. Je me rends vers mon tapis de yoga, les yeux collés et le corps englué. Ce matin, je vais pratiquer seule. J’ai vu que j’en étais capable, alors je m’exécute. Je réveille chaque muscle, délicatement. Je baille encore.

Après ce moment, je vais me servir mon bol habituel en guise de petit-déjeuner. Je sais que j’ai des choses à faire, le genre d’obligations que je repousse lorsque je le peux. Au fond de moi, une petite voix m’incite à les faire et de l’autre, la fatigue corporelle me ralentit. Chaque tâche que je vais entreprendre va s’étaler, encore et encore. Rien que faire ma liste de course va me demander une concentration folle alors je vous laisse imaginer pour des actes plus compliqués. C’est comme si mes neurones étaient déconnecté des uns aux autres et que mes membres étaient dispersés.

Peu avant midi, je dois me rendre à la pharmacie. J’en profite pour prendre l’air et acheter de quoi me faire à manger. Le temps est gris et les étudiants du coin sont en pauses. Il y a énormément de monde autour de moi et je me sens floue dans cette masse.

Une fois rentrée, je m’attelle en cuisine et après le repas, je m’installe devant mon ordinateur, afin de terminer mon travail administratif. Malheureusement, je constate que malgré ma pause, je n’y parviens pas mieux. Un escargot a pris ma place aux commandes.

Dans ce genre de moment, je constate que je n’y arrive pas et souvent, comme je suis têtue, je me laisse ramer. Je pagaie pendant des heures, sans jamais atteindre la rive. Je dois vraiment apprendre à savoir marquer un arrêt à ce moment-là et revenir lorsque le moment propice sera venu. C’est un apprentissage en cours. En attendant, je persévère dans le vide jusqu’au moment fatidique d’une bonne nouvelle. Celle-ci me libère d’un poids et me permet de lâcher les obligations que j’avais jusqu’à présent. Je relâche la pression et délaisse mon ordinateur.

Je m’accorde un temps de vide. Je suis tellement au ralenti que je ne me rends plus compte du temps qui défile.

A ma fenêtre, l’obscurité prend place et je songe à écrire. Je tente quelques mots, dispersés et disparates. J’ai des douleurs dans les mains qui se font insistantes. Elles me contraignent à abandonner. Cette fois, je laisse tomber.

Et je me repose encore.

Le soir, je me distrais devant un film qui m’a beaucoup touché. (« Le tigre blanc » sur Netflix)

C’est une journée comme ça, où finalement il ne se passe pas grand chose et c’est bien ainsi. Le temps a défilé sans me le dire. Et rapidement, demain sera un autre jour.

Jour 70 – Météo changeante

Aujourd’hui, la banalité du quotidien me rattrape. J’ai de la lessive à faire et c’est l’activité qui va rythmer ma matinée.

Entre chaque minuterie pour descendre à la buanderie, je m’active. Pendant que la machine tourne, je profite pour avancer de la paperasse, que j’ai repoussé jusqu’à maintenant. Puis, je reprends l’écriture. Je ne cesse d’être coupée par la sonnerie me rappelant d’aller lancer une autre machine. Suspendre le linge est un défi physique, je tente de m’occuper l’esprit par un peu de musique. Et ainsi, la matinée défile, entre écriture et le linge propre.

La satisfaction d’accomplir des choses si simples, me nourrit. La satisfaction d’en être capable.

Je n’ai pas encore pu faire ma séance de yoga et je dois admettre qu’à chaque fois que je croise mon tapis du regard, je ressens un pincement. Ne pas avoir pratiqué dès le réveil me manque.

Lors du repas de midi, la lessive n’est toujours pas finie. J’attends d’avoir pleinement achevé cette corvée pour pouvoir passer à une activité plus récréative.

Dehors, depuis ce matin, les éléments se déchainent. J’ai eu l’occasion de les observer. Il y a eu la brume matinale puis la pluie battante et en continu, le vent balaie l’horizon. Les rafales sont si fortes que j’entends le sifflement continuel. Par moment, le soleil perce les nuages et j’ai même pu apercevoir un morceau de ciel bleu. De courte durée car le vent s’affaire à ne laisser aucune chance à une météo stable. Il règne en maître sur cette journée humide. Au loin, je devine les moutons sur le lac, la mousse blanche produite par les mouvements incessants des vagues. La couleur de l’eau est disparate. Par endroit, elle se veut bleu foncée et à d’autre, elle va du vert gris au vert fougère, intense. Certaines côtes sont brunie. Ce tableau insuffle en moi l’envie d’aller braver le froid.

Lorsque la machine se termine enfin, je suis dans un état approximatif. Je suis heureuse d’être parvenue au bout de ma corvée mais je suis frustrée de m’apercevoir que j’ai des douleurs fracassantes. Elles partent de la pulpe de mes doigts pour atteindre mes épaules et descendre au centre de mon dos. Depuis le réveil, c’est l’escalade douloureuse. J’ai tenté de l’ignorer mais en me rendant sur mon tapis, je suis heureuse d’y arriver mais je suis fâchée d’être dans un état aussi inconfortable que celui-ci. En posant la plante de mes pieds sur le tapis, je suis pessimiste sur mes capacités. Je me dis que la douleurs remplacera le bien-être et que ma séance est déjà gâchée. Et doucement, je m’encre dans la pratique, les postures et ma respiration. Et sans m’en apercevoir, je ne ressens plus rien de négatif. Je suis dans un espace différent. Il est protecteur, bienveillant et puissant. La magie a opéré et je m’en aperçois d’autant plus, lors de ma dernière expiration, avant d’ouvrir les yeux.

Je décide d’aller profiter de prendre l’air. Je m’habille et me lance dans la rue, sans destination précise. Comme d’habitude, la pluie en plus. À la différence que cette fois-ci, je regrette très vite d’être dehors. La douleur reprend plus vivement, ainsi que la fatigue. J’ai l’impression que mon corps entier me tire vivement vers le sol. Comme si la gravité était soudainement plus forte pour moi. Et la frustration revient. Je suis déçue de n’avoir pas pu profiter d’aller dehors lorsque j’avais de l’énergie. Je suis fâchée d’être contrainte de souffrir. Je ne trouve plus l’intérêt d’être dehors. Alors, je fais marche arrière, complètement désemparée par toutes les émotions envahissantes.

Et pendant que mes pensées s’enfonçent plus profondément dans une spirale déprimante de complainte, d’agacement et de déception, quelque chose attire mon oeil. Sur le trottoir mouillé, appuyé contre le poteau, un gros caillou. Il me surprend car d’habitude, il n’y a pas de caillou sur ce trottoir. D’autant plus qu’il est d’une belle taille et je me demande donc comment il est arrivé-là. Plus je m’en approche, plus je m’aperçois qu’il y a autre chose d’étrange. Arrivée à sa hauteur, je marque un arrêt et observe.

Fantastique

Et soudainement, je me mets à penser que c’est un signe de l’univers. Je m’imagine que le destin a décidé de me remonter le moral. Comme si le destin voulait que je n’oublie pas que la vie, malgré tout, c’est fantastique.

Je souris.

Je continue ma route, le coeur plus léger et acceptant de devoir rentrer pour me reposer. Cette fois, je ne suis plus fâchée. Quelques mètres plus loin, je trouve une autre pierre.

Formidable

Je marque encore une fois un arrêt, avec la curiosité de lire le mot. J’ai l’impression de participer par hasard, à un jeu. C’est formidable et je suis émerveillée par la magie de ce moment.

Magique

Et au troisième et dernier caillou que je rencontre, je suis reconnaissante envers la personne qui m’a fait vivre ce moment magique. Je ne pense pas que cette personne ait conscience qu’elle a fait basculer mes émotions et m’a allégé d’un poids. J’avais juste besoin d’un signe pour tout lâcher et pouvoir avancer vers mon bien-être. Alors, même si elle ne le saura jamais, je l’en remercie. Ces trois petits mots, si bien choisis, ont peint un doux sourire sur mon visage. Mais surtout, ces trois grosses pierres, m’ont fait réalisé que j’avais oublié d’apprécier le plus simple. Pendant quelques heures, je m’étais laissée happée par la négativité et je ne savais plus savourer toute la richesse de ma vie.

En rentrant, mes douleurs n’ont pas disparu. Elles sont si vivaces qu’elle me font douter. Comme si c’était pire que d’habitude et qu’au fond, je n’avais jamais vraiment eu mal. Pourtant, je sais que c’est faux. Déterminée à retrouver un peu de bonheur, j’enclenche le diffuseur et choisis un mélange d’huiles essentielles d’orange douce et de lavande. Dans cette ambiance parfumée et apaisante, je prends ma liseuse et m’allonge. Mon corps se relâche et je parviens à faire abstraction des sensations. Calme et réconfortée, c’est ainsi que je vais passer le reste de ma soirée.

Délices de Janvier 2021

Il y a quelques temps, j’ai fait la constatation que bien souvent, je négligeais mon alimentation. Je consacrais mon énergie pour tous le reste et en arrivant dans la cuisine, épuisée, je ne mangeais jamais vraiment assez. Et forcément, je ne peux pas faire preuve de vitalité en nourrissant ce cercle vicieux. Alors, je me suis mise à consacrer régulièrement plus de temps pour préparer à manger, prendre parfois de l’avance afin d’avoir des restes et ainsi de suite. Depuis, je prends en photo mes assiettes, histoire de me rappeler que j’en suis capable et les jours où je n’arrive pas à déterminer ce que je pourrais manger, je replonge dans ce que j’ai déjà pu faire.

Je décide donc de réunir, une fois par mois, quelques-uns de mes plaisirs gustatifs.

En petit-déjeuner

Presque tous les jours, je me suis servie de yogourt maison avec des céréales et les fruits que j’avais sous la main. Un régal dès le matin.

En dîner et en souper

J’ai beaucoup aimé me faire ces tagliatelles à l’épeautre. Avec des courgettes, ou aux épinards et toujours, du parmesan. Il y a aussi la variante avec la bolognaise maison. C’était simple et efficace.

Les currys de légumes avec du poulet. Un repas nourrissant et réchauffant. Avec les fonds du frigo, un jeu d’enfant.

La lasagne maison, en passant par les pâtes fait main. Du boulot mais ça valait largement le coup.

La (re)Découverte des sandwichs maisons. Un bonheur simple, à croquer.

J’avais oublié comme j’adore faire des tartes aux légumes. C’est facile et il y en a pour plusieurs repas.

J’ai préparé de la pizza maison et j’en ai congelé plusieurs. Les jours difficiles, j’ai mes pizzas surgelées toutes prêtes.

Les raviolis maisons, un investissement de temps et d’énergie mais un vrai régal. J’en fais toujours plus, et hop, je congèle.

Les douceurs

Plus d’une fois, j’ai fait cette recette (en l’adaptant entendu) de muffins et ma variante préférée est celle aux framboises.

Il y aussi eu le bonheur d’avoir une pâtisserie, achetée, et qui correspond avec mes nombreuses allergies et intolérances.

Ma première fournée de crinkle cookies, une douceur croquante et fondante. Je recommande!

Merci de m’avoir partagé cette recette.

Voilà pour ce mois-ci. Je suis fière de moi, d’avoir réussi à cuisiner des choses qui m’ont nourri et fournis un tas d’énergie pour pouvoir vivre. Je renouvelle mon voeux de continuer sur cette lancée. En espérant ne pas trop vous avoir ouvert l’appétit.

À février!

PS: Merci à Jaskiers pour tes encouragements… 😉

Jour 69 – La revanche

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Je me lève, à l’aube d’un nouveau jour et toutes les possibilités qui vont avec. La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que j’ai besoin de me mouvoir, de prendre de l’air frais. Je ne saurais expliquer ce besoin, en sortant du lit. Alors sans chercher à comprendre, je m’habille et vais fouler le bitume. Il est tôt, le jour se lève à peine et dans la rue, les gens s’activent. En faisant le tour du quartier, j’observe toutes ces personnes qui s’empressent d’aller au travail, d’amener leurs enfants à l’école et ainsi de suite. Je savoure cette chance qui m’est donnée de pouvoir vivre auprès de mes besoins et de mes envies.

Je rentre chez moi, légère et prête à consommer mon énergie. Je commence par aller m’installer sur le tapis de yoga. Les pieds bien encrés dans le sol, je fais le vide et regarde en face de moi. Il fait plus clair désormais, par la fenêtre. Une épaisse brume maquille la vue. J’entame mes salutations au soleil, pensant peut-être pouvoir changer cette météo grisâtre. Puis, une fois satisfaite, j’enchaîne avec la séance d’Adriene. C’est une session pleine de douceur.

Aujourd’hui, j’aimerais énormément pouvoir remettre au clair mes écrits des jours passés. Et ainsi, je passe une bonne partie de la matinée à écrire. Je crois pouvoir dire que le chamboulement vécu cette semaine commence à se tasser. Je suis plus sereine avec cet idée de prendre un nouveau traitement, voulant faire ce qu’il y a de mieux pour moi ou en tout cas, essayer. Et l’heure tourne tellement vite pendant que mon esprit est occupé que je m’aperçois au dernier moment, que j’ai une séance avec ma thérapeute. J’enfile mes chaussures et m’y rends le plus rapidement que je le peux.

J’arrive juste à l’heure. La séance se déroule sans encombre.

En rentrant, mon estomac se fait entendre. J’ouvre mon frigo, sans grande inspiration. Je songe à un plat, puis un autre. Je ne suis pas très convaincue jusqu’au moment où me vient une idée alléchante et rapide (en plus!).

Je mange puis, cela fait plusieurs jours que j’aimerais changer un espace de rangement que j’ai dans mon salon. Me sentant pleine d’énergie, j’attaque en suivant mon plan initial. Je sors les tournevis et bricole mon intérieur avec ferveur. Par moment, je me trouve en difficultés et je suis tentée d’abandonner. Je me maudis d’avoir eu cette ambition. Puis, je prends de grandes inspirations et avec les expirations, j’expulse les pensées négatives. Doucement, je parviens à trouver des solutions aux problèmes se présentant. Je suis fière de moi. J’accomplis toutes les petites choses que je délaissais mais qui méritaient d’être faites. Comme pour prendre ma revanche sur les jours précédents, j’en fais le plus possible. En fin de journée, lorsque mon salon ressemble plus ou moins à ce que j’avais imaginé, je ressens la satisfaction d’en avoir été capable, toute seule. Je n’ai eu besoin que de moi-même, de temps et de persévérance.

Le soir, j’enfourne une belle lasagne faite maison et la déguste avec mes proches. Je me sens éreintée mais accomplie. Je m’endors, confiante.

Jour 68 – Lâcher prise

« Parfois, lâcher prise est un acte plus puissant que se défendre ou s’accrocher.  »

— ECKHART TOLLE

Le matin, je commence par ma séance de yoga. En parallèle, des vidéos, je commence aussi à pratiquer sans être guidée, un peu chaque jour afin de m’y habituer et d’apprendre. L’idée de pratiquer seule, sans guide m’a parue de prime abord assez effrayante puis, une fois sur mon tapis. Je me rends compte que simplement en m’accordant l’opportunité de me faire confiance, j’en suis capable. Je sais les mouvements et les enchaînements mieux que je ne le penses. C’est une agréable découverte qui me conforte dans mon choix. Au fond de moi, j’ai le souhait secret (plus si secret désormais) de continuer une pratique quotidienne aussi longtemps que je le pourrais.

Après ce moment de bien-être, j’ai prévu de passer la matinée en cuisine avec ma famille. Nous allons réaliser des raviolis maisons. Au début, l’atelier est un peu brouillon. Le temps que nous trouvions nos places respectives et doucement, une petite usine se met en place. Nos mains s’affairent à plein régime. Dans la cuisine, il règne une ambiance bonne enfant mais productive. Entre deux façonnages de raviolis, une bataille de farine s’invite. C’est un moment léger qui me fait oublier les contraintes de l’activité. Je ressens que la force et la dextérité que j’utilise s’amenuisent rapidement. Je tente de faire bonne figure mais en réalité, à l’intérieur, les sensations sont de plus en plus désagréables. Je tiens le coup jusqu’au moment de la délivrance, passer à table. Ensemble, nous savourons ce plat dans lequel, nous avons glissé beaucoup d’amour.

En début d’après-midi, je rentre chez moi. Je me sens simplement heureuse mais épuisée. Je vais m’allonger car j’ai l’impression que je pourrais dormir. Malheureusement, il n’en est rien. Malgré tout le sable que j’ai dans les yeux, les paupières n’arrivent pas à se fermer définitivement. La fatigue m’angoisse. Je suis heureuse d’avoir pu passer cette belle matinée mais j’avoue qu’aujourd’hui, ça m’ennuie de ne pouvoir profiter que d’une demie journée de vie. J’aurais aimé que mes limites soient plus grandes. Il y a aussi les restes de la veille avec l’appréhension de faire de mauvais choix concernant ma santé. Je n’aime pas décider de choses si importantes. Comment savoir ce qui sera bon pour moi? Personne ne le sait. Je dois continuer de digérer avant de prendre ma décision finale. J’ai besoin de recule. Et je crois qu’au fond, malgré toute la positivité dont je sais faire preuve au quotidien et fasse aux situation difficiles, j’ai parfois le droit de me laisser me morfondre. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de moins fort que d’habitude. J’ai simplement besoin de temps pour encaisser, comme tout le monde finalement. Ça ira mieux demain.

Je passe donc l’après-midi, sous le duvet épais. Demie consciente.

En fin de journée, je tente de me motiver pour écrire. Hier, c’était difficile et j’ai à peine noté mes idées.

Je m’aperçois qu’aujourd’hui, ce n’est pas mieux alors je lâche prise. Je m’accorde la possibilité d’être ce que je suis. Je ne suis pas bien. Je suis malade et ça fait parti de mon quotidien. J’admets que j’aurais aimé un peu de répit car lorsque les crises s’enchaînent, la crainte qu’elles ne s’arrêtent jamais s’ajoute. Alors, je lâche prise. Je laisse tomber l’idée d’être bien, de devoir produire quoi que ce soit, je laisse mon esprit aller à toutes les pensées, sans filtre. J’accepte cette situation, car je ne peux rien y changer. Et ainsi, c’est le mieux que je puisse faire pour avancer. Je laisse le poids de tout cet inconfort prendre la place dont il a besoin, pour mieux m’en décharger par la suite.

Ce soir, je suis sur pause et ce n’est pas grave.

Jour 67 – Piqûre de rappel

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Comme tous les matins, sitôt debout, je me dirige vers le tapis de yoga.

Ce matin, la séance a un goût particulier. J’ai énormément de mal à calmer le vacarme interne. Je bouillonne et tente de faire avec. Je me sens stressée par la journée à venir, en particulier le rendez-vous que j’ai dans peu de temps. Alors, ma respiration m’échappe. Me focaliser sur mon corps, comme je le fais chaque jour est presque impossible. Malgré tout, je ne suis pas tentée d’abandonner. Je sais que c’est un apprentissage et que ma pratique n’est jamais la même. La séance idéale de yoga n’existe pas et surtout, dans les difficultés, il y a tout de même du bon à en tirer. À la fin de celle-ci, je me sens tout de même mieux que lorsqu’elle a débuté.

Après la séance je me prépare et sort.

Aujourd’hui, j’ai un rendez vous plutôt important concernant l’une de mes maladies, la plus handicapante d’entre elle. Nous faisons le bilan et un nouveau traitement de fond m’est proposé. Il ne va pas me guérir, car c’est impossible mais peut-être, je pourrais gagner en confort de vie. Bien évidemment, comme tous traitement, il y a des effets secondaires. Les prises de sangs sont faites et je sors du cabinet avec milles questions.

J’ai besoin d’être rassurée. Ce n’est pas nouveau pour moi d’être malade, je ne viens pas d’avoir le diagnostique, mais d’avoir un rappel aussi concret que celui-ci, me remet face à ma propre réalité. Devoir prendre une décision avec autant d’impact potentiellement négatif pour peut-être ne rien ressentir de positif, c’est angoissant. De plus, je suis jeune et j’en ai pour toute ma vie avec les traitements, je ne suis pas sûre de vouloir gaspiller une cartouche si vite. Et d’un autre côté, si il fonctionne sur moi, j’admets que je ne dirais pas non à gagner en qualité de vie. En plus, cela veut dire que le traitement actuel ne donne pas d’effet et c’est un échec dont je ne suis pas responsable mais c’est un échec. C’est compliqué. J’ai besoin de digérer.

Instinctivement, je me dirige vers la maison familiale. Passer un peu de temps avec mes proches, c’est tout ce dont j’ai besoin. Rien que de voir leurs visages m’apporte du réconfort. Encore une fois, ils m’enveloppent d’amour et de soutien et je ne peux qu’être reconnaissante de les avoir. Je n’imagine pas comment je pourrais affronter tout ça, sans eux.

Après le repas, je me lance dans mes projets de couture. Et je laisse défiler le temps indéfiniment. J’ai besoin d’être distraite et de fuir un peu cette réalité peu réjouissante. Je ne broie pas spécialement du noir mais je sens qu’une instabilité émotionnelle est présente. Et je pense que c’est normal. Elle m’enlace et je me laisse faire. Je sais que ça fait parti du processus.

En fin de journée, j’ai besoin d’étirer ce corps qu’est le mien. Je me suis beaucoup crispée. Je passe rapidement par mon tapis de yoga et une fois que j’ai terminé, je me mets à écrire.

Étrangement, je n’ai pas les mots. Comme si je voulais fuir la confrontation. Et puis, comme j’ai cousu toute l’après-midi, mes mains sont usées. Je griffonne mes idées et abandonne d’y mettre la forme.

Pour m’endormir, je me réfugie dans la lecture. Elle me permet de ne pas trop ruminer et de sombrer dans le sommeil avec la certitude qu’au font, tout va bien.

Jour 66 – La forêt magique

Lorsque la sonnerie du réveil vient me chercher, je suis déjà éveillée. Je profite encore quelques instants de la chaleur enveloppante du lit et finis par me lever. D’un pas léger, je me dirige vers mon tapis de yoga. Avant de commencer la pratique, j’observe avec joie qu’il a neigé cette nuit. La ville est tapissée de blanc. J’enclenche la séquence et me mets en mouvement. J’analyse les sensations, je me sens forte. Ma respiration devient plus profonde et je cherche dans mes gestes, une certaine justesse. Cette manière de commencer la journée me permet de réellement prendre conscience de mon corps et de son pouvoir. C’est confiante que je quitte mon tapis.

Après le petit déjeuner, j’attaque la partie administrative de mes obligations. Plus vite c’est fait, plus vite je fais autre chose. Et étonnamment, je balaie ça plus rapidement que je ne l’aurais imaginé.

Ensuite, je décide d’écrire. Assise à mon bureau, une douleur dans le bas du dos se fait de plus en plus insistante. Au départ, je tente de l’ignorer. Puis, je songe à aller marcher car peut-être ça pourra débloquer ce point de tension. Je jette un oeil à travers la fenêtre et m’attarde sur la météo. La neige a repris et l’horizon est brumeux. Par moment, ce sont de gros flocons et à d’autres, presque de la grêle. Je vois les branches de mes plantes vaciller au gré du vent et j’imagine le froid qu’il doit faire. Pour le moment, j’abandonne l’idée de mettre mon nez dehors. Alors pour pouvoir continuer à écrire, je surélève mon bureau et ainsi, j’écris debout. Peu à peu, la tension s’atténue et moi, je peux continuer à profiter de poser les mots.

L’heure du repas me sort de mon texte pour aller préparer à manger. Et puis je passe à table.

L’après-midi, je fais un peu de couture. Je mets la musique et mes doigts s’activent sur le tissus. Je manie l’aiguille et les épingles délicatement et avance ainsi, doucement dans mes projets créatifs. Je suis complètement immergée dans ce moment où mes mains sont occupées et mon esprit est plongé dans un espace sans pensées. Par moment, je fredonne avec la musique. Plus d’une heure s’est écoulée lorsque je lève le nez. À la fenêtre, l’horizon s’est éclairci. Je saisis ma chance. Je prépare un thé, enfile mes bottes de neige et m’enveloppe dans des habits chauds. C’est parti pour l’aventure car j’ai besoin de nature.

Je me dirige vers la forêt la plus proche. A l’orée du bois, je ressens une sorte d’excitation. Le soleil illumine pleinement mon visage tandis que les arbres sont entièrement recouvert de blanc. Tout ça me procure déjà beaucoup de joie.

Le chemin que j’emprunte débute par des escaliers, glacés et enneigés. Chaque pas est un défi à part entière.

Arrivée au sommet, la forêt s’ouvre à moi, comme un cadeau. À cette heure-ci, je suis seule et ce n’est pas pour me déplaire. Il y a une ambiance magique qui se dégage. Le son de la neige qui craquette sous mes pas de velours m’émerveille.

Et le soleil qui tente de m’apercevoir entre les arbres, c’est irréel.

J’évolue dans cette environnement froid, m’arrêtant, ça et là pour observer ce que la nature a à me proposer.

Plus loin, j’atteins un point culminant duquel j’aperçois le lac, timidement. Il est loin mais de son oeil brillant, il m’attire. Je monte sur un tronc enneigé pour mieux pouvoir le contempler. De mon perchoir, j’observe aussi la ville. D’ici, elle paraît calme, en ce milieu d’après-midi. Pourtant, je sais pertinemment qu’elle grouille.

Puis, le froid me surprend et je me remets donc en mouvement. Je profite d’emmagasiner le plus d’air frais possible, comme pour en faire des stocks, près de mes poumons. Et lorsqu’il est temps, je rebrousse chemin. Je repasse sur mes traces et fais mes adieux à ce lieu, si précieux.

C’est avec un sourire permanent que j’arrive à la maison. Je me prépare un thé, pour réchauffer mon corps et vais m’installer confortablement dans le canapé. Naturellement, je saisis mon livre, sentant que c’est le moment propice pour continuer de dévorer ce roman. Et rapidement, je me plonge dans l’histoire. Je reste ainsi jusqu’à ce que le soleil se couche et plus encore.

Après le repas, je savoure encore cette journée. Malgré mes yeux piquants de fatigue ainsi que mon corps, brulant de douleurs, je ne peux m’empêcher d’être particulièrement heureuse et reconnaissante. Sereine, je m’endors.

Jour 65 – Finalement !

Ce matin, j’émerge avec douceur. J’articule mon corps et sort de ce long repos avec légèreté. Je n’ose pas encore sauter de joie mais je sens une différence inexplicable. Est-ce que la dictature que la maladie impose proposerait une trêve? Je ne saurais l’affirmer, mais je sens un sentiment de paix, ne serait-ce que provisoire.

Alors, insouciante, je me dirige vers mon tapis de yoga. Je dévore chaque inspiration, je profite de chaque mouvement et ainsi, je me prépare à vivre cette belle journée. Je suis centrée et impatiente de savoir ce qu’elle va me réserver.

Après la pratique, j’observe pendant quelques instant la météo du jour. Il fait un temps clair et magnifique. Le soleil brille avec un goût d’été, la chaleur en moins. L’invitation du dehors est alléchante mais je préfère refuser pour le moment. J’admets avoir la crainte d’égarer mon énergie si précieuse, comme hier. A la place, je décide de faire un peu de couture.

J’enclenche la musique et m’installe sur la grande table. Mon imagination s’active aussi vite que l’aiguille de la machine. Mes petits doigts s’appliquent à être précis. Et de temps à autres, je ressens des pointes de douleurs, parcourant mes mains. Encore une fois, un légère crainte de déclencher une salve de mal pour la journée. Et je finis par me rassurer. Cette activité vaut le coup et si je dois en souffrir, ce n’est pas grave. Je ne dois pas laisser la peur m’arrêter. Alors pendant plusieurs heures, je réalise de petits ouvrages, le coeur léger et l’esprit distrait.

Il est passé midi lorsque je me dirige vers la cuisine. Je bricole un rapide repas et me sustente. J’ai une idée en tête. Je me suis concertée avec mon enveloppe corporelle et paraît-il que je pourrais envisager une balade. Il n’en faut pas plus pour me motiver. Alors, je mets mon manteau et rejoins le monde extérieur.

Je m’aperçois en chemin que le ciel s’est paré d’un manteau de nuage. Le soleil joue à cache-cache. Ça n’a pas d’importance.

Je vais en direction du lac, comme si j’avais besoin de le voir. J’ai envie d’entendre le son de l’eau et d’en prendre plein la vue. Une fois arrivée, je ne sais où donner du regard. Il y les montagnes que j’aperçois clairement avec leurs sommets enneigés. Elles définissent l’horizon avec grâce et fermeté. L’étendue d’eau est paisible et lorsque je m’approche de la rive, j’aperçois sa clarté. Je m’aventure sur les plages de galets, scrutant chaque caillou comme un trésor. J’admire les courageux canards, passant le temps dans cet eau si froide. Les détails sont infinis. En concentrant mon esprit sur la beauté de cet environnement, je ne sens pas la faiblesse s’installer, au creux de mes genoux. Je ne la sens que sur le chemin du retour.

En arrivant à la maison, je prépare une tisane pour me réchauffer et attrape une mandarine. C’est le moment idéal pour écrire. Je m’installe dans la chambre. En fond, les touches du piano résonne. Et sur mon clavier, les doigts défilent. Je prends ma revanche sur les jours passés. J’apprécie d’être et de vivre.

Le soir, je m’endors en rêvant l’espoir d’avoir encore plus de possibilités demain.

Jour 64 – Le vent tourne

Photo de Zain Ali sur Pexels.com

Ce matin, je me sens nouvelle. Je me réveille, un peu plus légère que la veille et fonce vers mon tapis de yoga. Je pratique de manière fluide et sans difficulté. Je respire et accueille à plein poumon, cet air de bien-être.

Dehors, le ciel est plutôt clair et dégagé. Le soleil, lui, habille les façades de sa luminosité joyeuse. C’est un beau matin. Il y a un long nuage, étroit, d’un gris détonnant. Il longe l’horizon d’un bout à l’autre. En l’observant, j’aperçois même le mouvement donné par le vent. Il s’active.

Alors, je décide d’en faire de même car si ce n’est pas maintenant, ça ne sera jamais le cas. Je me prépare vite vite et vais faire une petite marche. Au loin, j’aperçois le sommet des montagnes enneigées. L’air est particulièrement glacé et me picote les joues. Je ne ressens pas spécialement de douleurs et je savoure ces instants. La balade est courte mais efficace.

En rentrant, je m’aperçois que j’ai égaré mon énergie en promenade. Je suis lessivée. Pour midi, je grignote plusieurs petites choses. Je ne sais pas réellement de quoi j’ai besoin ou envie si ce n’est d’avoir un peu d’énergie. Je sais pertinemment que ça fait partie du processus de mes crises pourtant, aujourd’hui, je ne peux m’empêcher par petit moment de me dire, que ça fait un peu long. Je passe plus de temps à décider ce que je pourrais faire qu’à faire. Et finalement, je ne fais pas grand chose car je comprends, que j’ai besoin de ne rien faire. Le lâcher prise est un apprentissage quotidien. Je me console en repensant à l’air frais, de ce matin.

En milieu d’après-midi, je me décide à aller prendre une douche et celle-ci m’apporte un brin de réconfort. C’est en sortant de la salle de bain que je me mets à écrire. Les mots n’ont jamais été si difficiles à sortir et si peu inspirés. Mais je n’abandonne pas mon idée. C’est important pour moi de relater les moments de joies et leurs contraires. En soit, je ne suis pas spécialement malheureuse mais vivement que ça passe.

La météo a radicalement changé. Désormais, le ciel est nappé de gris clair et la pluie recouvre mes vitres. La lumière s’atténue jusqu’à laisser place à l’obscurité.

Ce soir, je partage mon repas avec mes proches. Je tente de faire bonne figure, de ne montrer que le meilleur de moi-même. Entourée, je profite de grappiller un peu de leur vitalité et de leur chaleur. Ils m’enrobent d’amour, de rires et pendant quelques heures, ils me permettent d’oublier.

Dans mon lit, je m’endors plus vite que jamais.