Récit de vie – 4. Carnet de santé

Avant de lire ce qui suit, je te propose, si tu ne l’as pas déjà lu, d’aller jeter un oeil aux chapitres précédents.

Chapitre 1 – Ma vie d’avant

Chapitre 2 – La première fois

Chapitre 3 – Le déni

Bonne lecture!

PS: J’ai beaucoup hésité à partager tout ces détails. Néanmoins, je crois qu’ils peuvent finalement réellement t’aider à te mettre dans mes chaussures et comprendre comment j’ai vécu les épreuves que je te décrirais par la suite…


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Je trouve important d’aborder ma vision de la santé, avant que toute cette histoire me tombe dessus. Et plus précisément mon point de vue sur ma propre santé. Donc, de manière très chaleureuse, je vous invite à faire un saut dans mon carnet de santé. Bienvenu, installez-vous. Servez-vous un thé, un café, ce que vous voulez. Je veux que vous soyez à l’aise durant ce bilan.

C’est parti.

Je suis née avec de l’eczéma sur une bonne moitié de mon corps. Si vous ne savez pas ce que c’est, c’est une maladie qui touche la peau. Pour vous la décrire de mon point de vue, je trouve que l’étymologie du mot fait bien le travail. Cela viendrait du grec et la traduction serait entre l’ébullition et bouillir. Je pense que vous avez compris la métaphore. Ma peau est similaire à l’eau chaude, dans la casserole, juste avant d’y plonger une poignée de pâtes.

Et ce depuis toujours. À certaine période, la maladie se fait discrète. À d’autres moments, j’ai été privée de baignade à la piscine car le chlore est trop agressif. Pas tous les jours évident et encore aujourd’hui, j’apprends à partager mon corps avec. Néanmoins, je ne me suis jamais sentie gênée par les poussées. Je n’ai rien connu d’autre, à vrai dire. J’ai appris à composer avec les caprices de ma barrière cutanée et n’ai jamais eu la sensation d’être très différente des autres.

La deuxième chose avec laquelle j’ai toujours plus ou moins vécu c’est une digestion capricieuse. Beaucoup de maux de ventre, et de troubles intestinaux divers et variés. Et là aussi, c’était tellement normal pour moi que je n’avais pas conscience de ce qu’était une normalité digestive, si je peux dire ça ainsi.

Je m’étais accoutumée aux caprices de mes viscères. Surtout qu’il faut avouer que dans notre société, parler problèmes digestifs, c’est pas beau, ça se fait pas. Alors je n’ai jamais eu l’occasion de me rendre compte que quelque chose clochait, ou alors, je ne voulais pas voir… Qui-sait?

Néanmoins, quelques mois avant que la maladie ramène sa valise, j’ai vécu une grande peur. J’étais en vacances, avec des amis, au ski. Et ma digestion a déclaré la guerre, enfin plus que d’habitude. Je vous passe les détails les plus adorables mais j’ai réellement cru que mes organes ne fonctionnaient plus. J’ai eu l’impression de mourir alors j’en ai parlé autour de moi. C’est ainsi que j’ai compris que je n’avais jamais eu un système dans la norme.

J’en suis arrivée à ne plus savoir quoi manger. Rien ne convenait à mon corps. Moi qui avait toujours apprécié manger, je redoutais maintenant le moment d’avaler un morceau. C’était devenu autant inquiétant pour moi et mes proches qui voyait mon corps s’amincir.

C’est alors que, je suis allée chercher de l’aide. Je me suis dirigée vers une gastro-entérologue, dont je garde un bon souvenir. Après analyses, elle m’a appris que j’avais le syndrome de l’intestin irritable, ou bien le syndrome du côlon irritable et en anglais ça donne, irritative bowel syndrome. C’est reparti pour le cours de science. Je vais vous la faire courte: c’est une affection chronique qui implique des désagréments digestifs variables et propre à chaque personne. Les crises sont déclenchées par le stress, les vêtements trop serrés, l’alimentation et des fois pour rien. Une pépite.

J’ai ressenti énormément de soulagement avec ce diagnostique. En effet, il me permettrait de pouvoir enfin trouver un peu de répit. Et ça expliquait tellement de choses. J’étais tellement contente de comprendre mieux le fonctionnement de mon corps et de savoir comment répondre à mes besoins. Pour m’aider, j’ai deux traitements quotidiens. Le premier est médicamenteux tandis que le second, c’est mon alimentation. J’ai tout changé. C’est un peu strict comme mode d’alimentation mais néanmoins, il me permet de gérer un peu mieux les crises. C’est pas magique mais je vis bien mieux que depuis toujours, de ce côté-là en tout cas. Alors bon, je ne suis pas la bonne personne à qui offrir des chocolats ou à inviter à dîner mais ce n’est pas bien grave. L’équilibre retrouvé est un pur bonheur.

Et comme nous sommes dans le sujet des restrictions, je vous annonce que j’ai un joli terrain. Allergique, bien évidemment. Aussi vaste qu’un champ! Des chats aux acariens, les pollens, en passant par les fruits de mer, les oléagineux ainsi qu’à qu’à la plus part des fruits et des légumes présents sur votre liste de courses, le samedi matin. 

Le débat n’est pas de savoir s’il y a un dieu* ou pas quelque part, la vraie question est: si quelqu’un joue avec les humains sur la terre comme je joue au sims. Cette personne a dû penser que je manquais de défis. Quelle belle idée. Parce que je dois vous avouer que lors de mon changement d’alimentation, ça n’a pas été simple d’enlever encore une part de ce que je pouvais manger. Aujourd’hui, je m’en accommode plus facilement, mais ça été un réel apprentissage.

En tout cas, malgré tout ce bagage, je me pensais en bonne santé. De mon point de vue, tant que je pouvais rire, courir, sauter et sourire: tout allait bien. Finalement, je me suis toujours adaptée. Alors oui, j’ai plus de difficultés à faire mes repas au vu de mon estomac et des allergies mais j’aiguise ma créativité culinaire. Les possibilités sont infinies! J’ai toujours accepté les défis que la vie me réservait et chaque jour, je les relevais, sans broncher… Enfin, c’était avant tout ça, vous vous en doutez.

Je pense que désormais, vous avez une belle image de ma santé. J’insiste sur un seul point. Certes, j’ai toutes ces affections mais, au delà de ça, je me sentais bien. Une jeune adulte en plein apprentissage de la vie. Je considérais réellement ma santé comme bonne. Je savais vivre avec tout ce petit monde et même si parfois, nous avions des querelles, cela se passait bien. Je me sentais libre.

Les moments les plus désagréables, c’était surtout dû au regard des autres. Malheureusement, j’ai souvent pu entendre de la stupéfaction et de la pitié. Et je ne compte pas le nombre de: «Je ne sais pas comment tu fais». La réponse magique que je n’ose jamais donner par respect est que si je ne le fais pas, je ne survis pas. C’est aussi simple. Et je n’ai surtout pas le choix. J’espère que tu n’as pas ressenti de malaise ou de pitié, car ils n’ont pas lieu d’être.

Alors s’il te plaît, je t’ai laissé rentré dans l’intimité de mon dossier de santé, je te prie de ne pas le juger. Garde à l’esprit que j’avais tout pour mener une vie heureuse, comme j’ai pu te la décrire auparavant.

Vous avez remarqué? Je n’ai tellement pas l’habitude de déballer tous ces détails que je me suis permise de vous tutoyer, comme si nous étions devenus intime. Navrée.

Maintenant que tu vous savez d’où je viens, en terme de santé, nous pouvons avancer vers la destination finale.

*Je tiens à préciser que je ne veux offenser personne et que si c’est le cas, je m’en excuses. La question de la religion reste propre à chacun et je n’émets aucun jugement.


PS: Je te remercie de me lire et promis, la suite arrive bientôt!

Jour 44

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J’émerge en douceur. En un clin d’oeil, je suis sur le sol, prête à suivre la séance de yoga. Je tais les appréhensions d’hier pour laisser un espace neutre pour pratiquer. Ouvrir le champ des possibles. Ma respiration est profonde. Les gestes dictés sont lents et précis. Je me retrouve parfois en difficultés. J’avise, je compose et me dépasse. Je vais au delà des limites tristement imposées par la maladie. La session s’achève plus vite que je ne l’aurais pensé.

Je me sens réveillée, prête à vivre ce jour.

Dehors, la neige tient encore. Elle tend à disparaître mais elle aussi, elle persévère. Le ciel est uniformément gris clair. Malgré le manque de soleil apparent, c’est lumineux. Sur mon balcon, l’eau s’est figée. Elle témoigne du froid qui règne.

Après un petit déjeuner savoureux, je m’installe sous un plaid, dans le canapé. La créativité démange mes doigts. Mes doigts se déplacent en cadence. J’écris. J’analyse mes pensées et je décortique ma vie. Je repense ma vie durant quelques heures.

Je me sens sereine.

Plus tard, je m’en vais en cuisine me préparer un repas. Tout en cuisinant, je me fais une réflexion.

Ces dernières semaines, j’ai réussi à prendre le temps pour écrire, pour bouger. J’ai réussi chaque jour à me centrer un peu plus sur mes sensations et mes besoins. Cependant, je suis passée à côté d’un point essentiel. L’alimentation. Mon rapport à celle-ci est très fluctuant. J’apprécie cuisiner et j’aime déguster. Mon panel d’aliment est un peu (doux euphémisme) restreint dû à ma santé. Avec tout ça, j’ai réussi à garder mon appétit. Pourtant, je m’aperçois que certains jours, je néglige de m’alimenter. Loin de moi l’idée d’un régime ou d’une restriction. J’ai parfois tellement consacré d’énergie aux autres activités que lorsque je dois préparer à manger, je suis au point mort. Mon estomac est si vide qu’il ne me permet pas de passer une heure derrière les fourneaux. Ne pouvant pas manger de tout ce que je veux, je ne peux pas non plus jeter mon dévolu sur un plat rapide et satisfaisant. Je suis coincée et je me retrouve à manger un peu n’importe comment. Souvent pas assez. Je ne parle pas non plus de la qualité des aliments, je ne diabolise aucun d’entre eux. Je ne suis pas à la recherche d’une alimentation plus saine ou que sais-je. J’ai besoin d’instaurer une régularité. Aussi ridicule que cela puisse paraître. Il faut absolument que je prenne ce temps pour me préparer plusieurs repas par jour. Je me rends bien compte que je ne peux pas carburer de vide et que je n’arrive pas non plus à me rassasier de ce que je peux attraper dans mon armoire. Je sais que j’ai beaucoup délaisser ma cuisine lorsque j’étais au plus bas et je sais aussi, qu’il m’arrivera encore de ne pas avoir la force. Mais le reste du temps, il faut que je fournisse la meilleure énergie pour mon corps. Il faut que je me rendes ce service. Je viens même à songer que peut-être je devrais créer une rubrique sur le blog, dédiée à mes plats. Afin d’avoir toujours un endroit où voir que j’ai été capable de m’alimenter, de prendre le temps et aussi de m’auto-inspirer.

Mon plat est prêt. Je range tous les songes dans un coin et savoure ce repas. Je suis un peu décalée, il est l’heure conventionnelle du goûter. Ça n’a finalement aucune importance. Je ne dois pas me laisser influencer par les idées préconçues.

Après la vaisselle, je décide de noter mes réflexions. Je me sens libérée d’avoir fait ce constat et j’ai l’impression d’avoir déjà accompli un pas considérable vers le mieux. Le temps que j’achève mon article, il fait déjà nuit.

L’obscurité m’appelle. J’ai profondément besoin d’aller prendre l’air et de dégourdir mes jambes. J’enfile plusieurs couches de vêtements chauds et me sens prête. Je m’éloigne de mon quartier. J’ai besoin de découvrir d’autres horizons. Mes pas m’amènent jusqu’au bord du lac. Cette étendue d’eau me ressource de manière infinie et mystérieuse. De nuit, l’eau est sombre et permet aux lumières de briller à sa surface. C’est joli. Les quais sont quasiment vides. Et plus je m’en éloigne, plus les rues sont désertes. Je passe sous un gigantesque conifère. Je n’y avais jamais prêté attention, pourtant, il est magistral. Je m’arrête quelques secondes pour l’observer. Le froid me rattrape et me pousse à avancer. Je rentre.

Lorsque je me glisse dans mon lit, sournoise, les douleurs s’invitent. Elles décident de me chanter une berceuse contre-productive. Je cherche le moyen de ne pas les écouter. Je me lève et me recouche. Heureusement, au bout d’une heure, le sommeil l’emporte. C’est tout de même une belle nuit pour être en vie.

Jour 35

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Je me réveille encore une fois, avant le jour. J’ai cauchemardé avant de sortir du sommeil mais je reprends mes esprits avec fierté. Dans mon mauvais rêve, j’étais en pleine fuite d’un événement épouvantable pourtant, sans comprendre pourquoi, je me suis retournée pour l’affronter. J’ai vaincu ma peur et me suis réveillée ainsi. Pour une fois, je ne me sens pas sous l’emprise négative de ce terrible songe mais tout l’inverse. Même si ce n’était que fictif, j’ai fait preuve de courage et d’audace. Bien plus que dans la vie réelle. J’aime me laisser penser que c’est le témoignage d’une nouvelle force entrain d’être forgée et sur ce, je décide de me lever. Malgré les aventures nocturnes, je me sens reposée. C’est l’effet du cocon familial.

Être entourée de ces voix bien connues, dans cette ambiance chaleureuse, je n’ai besoin de rien d’autre pour me sentir à ma place. Finalement, mon appréhension de ne pouvoir prendre soin de moi est disparue très rapidement. Mes proches me couvre d’attentions et d‘amour.

Cette seconde journée de fête se déroule dans l’ébullition d’être ensemble. Les rires, les engueulades pour se chamailler, les soupirs, les sourires. Je prends le soin de déguster chaque seconde. J’imprime chaque instant dans ma mémoire, avec les odeurs, les sons et les textures. Ça sent le chocolat, la cannelle et il fait plutôt chaud. Je me sens totalement enrobée d’euphorie, de tendresse et de paix.

En fin de journée, ce n’est pas les mots qui manquent mais l’énergie. Je retranscris tant bien que mal mes émotions, mes souvenirs et mes pensées. Je prends le temps de m’étirer durant une quinzaine de minutes et retourne le plus vite possible me ressourcer, auprès de mes proches. Je dois profiter sans compter de ma famille. Je suis tellement reconnaissante de les avoir qu’il m’est insupportable de ne pas transformer chaque minute en une célébration. D’ailleurs, j’y retourne et tant pis pour la fatigue, je me reposerais sur eux.

Jour 28

Matin sans sonnerie. Le réveil a eu congé aujourd’hui. La chaleur du sommeil m’enveloppe. Je m’en extirpe avec une douce lenteur.

Le soleil est levé, il lutte avec les nuages afin de se faire une place. Le ciel est tinté de bleu et de cotton jauni. Je me demande si j’irais profiter de cette météo. Pendant ce temps, je prépare mon petit déjeuner. Je m’installe à mon bureau et je prends le temps d’écrire. Je ressens de la joie d’avoir introduit cette pratique dans mon quotidien. Je suis rassurée de savoir que j’ai un espace où transposer mes mots. Je me réjouis de pouvoir, dans plusieurs mois, reprendre mes premiers écrits et constater le chemin parcouru. Je suis heureuse d’arriver à m’accorder ce temps pour moi. Il n’est pas une contrainte mais un rendez-vous que je ne saurais manquer.

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Aujourd’hui est une journée centrée sur le nettoyage. Comme le commun des mortels, je dois effectuer un brin de ménage. Mon environnement n’est pas insalubre pour autant mais je ressens le besoin de dépoussiérer chaque recoin. Comme pour faire peau neuve, repartir sur une base saine et neutre. Je m’applique. Dehors, le soleil brille sans relâche. J’ouvre les fenêtres afin de profiter de cette belle après-midi. Lors du nettoyage de mes vitres, je grignote quelques minutes où les rayons caressent ma peau. J’emplie mes poumons de cet air frais et agréable. Prendre soin de mon environnement me demande énormément d’énergie mais comme à mon habitude, je mets en place des stratégies. Je me repose entre deux tâches, j’alterne de main, je me ménage. C’est plutôt ironique de se ménager pour les tâches ménagères, maintenant que j’y pense. Je trouve de réels points positifs à ce moment si banal et désagréable pour certains. C’est comme si je rendais honneur à ce lieu qui me protège et m’accompagne chaque jour. Le moment où je m’occupe de mes plantes est l’un de mes favoris. Je les arrose et ensuite vient le moment de les bichonner. Je prends un chiffon doux et passe délicatement sur chaque feuille du zamioculcas qui trône dans le salon. Je chouchoute chaque tige. La couleur est magnifique. C’est un moment où mes pensées sont au-delà de mes gestes. En pleine contemplation de la beauté des choses simples.

Le soleil va se coucher lorsque j’arrive au bout de mes peines. Je m’accorde une douche bien méritée. Je laisse longuement l’eau masser mon corps. J’ai l’esprit apaisé d’avoir réussi à aller jusqu’au bout de ma journée. En sortant de la salle de bain, j’ai la sensation de redécouvrir la beauté du lieu qui m’héberge. Tout brille à mes yeux.

Mon ventre me rappelle à l’ordre et m’explique je n’ai toujours pas mangé, tellement absorbée par mon programme. Je réunis mes dernières forces et me raisonne. Je sais qu’il est important de me nourrir, surtout après de tels efforts. Je passe en cuisine et me prépare un repas. Je ne sais pas s’il est merveilleusement réussi ou si j’ai simplement trop faim, en tout cas, il satisfait mon palet. Heureusement que personne ne m’observe car je finis par nettoyer du bout de mon index mon assiette, afin de ne rien laisser dans l’assiette. Cependant, je ressens encore le besoin d’avaler quelque chose. Je réflechis lorsque mon esprit s’arrête sur un chocolat chaud. C’est la boisson idéale pour terminer ma journée, ma faim et compléter mon bonheur.

Physiquement, j’ai demandé énormément et peut-être même plus que de raison. Mes muscles font la moue. Je songe au yoga. Je comprends vite qu’il ne faut pas exagérer. C’est assez. Je dois me permettre d’avoir une certaine souplesse d’esprit. C’est en allant me coucher qu’il me vient une idée. Je m’asseye dans mon lit et j’effectue de très légers étirements. J’inspire de tout mes poumons. J’octroie ces dernières minutes de relaxation avant le repos nocturne. Je félicite ma chair de m’avoir porté, encore une fois. Puis je m’allonge. Je passe en revue chaque partie de mon anatomie. En parcourant mon être, je détends une à une, chaque tension. J’expire profondément jusqu’au sommeil.

Jour 27

Je me lève avec paresse, encore fatiguée de la veille. Les muscles m’en parlent encore.

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J’ai mon dernier rendez-vous professionnel. Nous faisons le bilan de mes recherches, de mes projets. Mon avenir est loin d’être tracé mais, j’ai des outils pour y parvenir. Le futur a le goût de l’incertitude malgré tout, je me sens apaisée. J’ai foi en mes capacités à me former, à apprendre. J’ai soif de découvrir de nouvelles facettes du monde. Je suis courageuse. Je vais devoir l’être encore plus.

Suite à ça, je passe une bonne partie de ma journée debout, à arpenter les rues. Portée par mes idées, j’en oublie mes sensations. Mes douleurs deviennent silencieuses. La météo est tempérée pour le mois de décembre, si bien que j’en ouvre ma veste. Mes pas se font de plus en plus lourds et maladroits. Je me déplace avec autant d’imprécisions que d’envies. Je commence à comprendre que je vais devoir faire un choix. C’est devenu habituel pour moi, de compter mes cuillères (théorie des cuillères). Je suis entrain de puiser dans les maigres ressources d’énergie que j’ai à disposition. Je songe au yoga et à quel point, après toute cette marche, je ne pourrais pas pratiquer comme je l’entends. Je tente de rester positive mais aussi réaliste. C’est un équilibre périlleux.

En rentrant, je sais que le repos m’appelle. J’ai peur de trop me reposer et de ne plus être capable de bouger par la suite. Je peine à tout lâcher. J’écris quelques lignes puis je m’arrête. Je ferme les yeux. Je les ouvre aussitôt.

Finalement, je décide de me lever et d’emballer mes paquets. Je consacre du temps à chacun d’entre eux afin de les emballer de papier et d’amour. Je suis assise au sol, sur un petit bloc. Mes jambes ont du mal à trouver leurs places. Je bouge énormément. Par moment, je prends le temps de m’étirer, comme je le ferais sur mon tapis. Après avoir accompli ma tâche, je remonte sur le canapé. Accomplie, je m’accorde enfin la détente.

Je m’endors.

Jour 26

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J’émerge avec confusion.

Je me sens vide.

Malgré la nuit, le sommeil n’a pas chargé mes batteries.

Et pour ne rien arranger, lorsque je croise mon tapis de yoga, je ressens légèrement l’appréhension. Depuis le début de la semaine, je ressens une latence dans la récupération. Mon esprit va à nouveau plus vite que mon corps n’a le temps de se régénérer. Je repousse ma séance de yoga a plus tard. Je dois admettre que j’ai peur d’échouer. J’ai peur d’être contrainte à abandonner à nouveau ce qu’il me plaît. Si je n’entreprends pas, je ne peux pas abandonner. Mais si je n’entreprends pas, j’ai abandonné. C’est un cercle vicieux dans lequel je ne veux plus rentrer.

Dans un monde idéal, j’aurais tout de suite été sur mon tapis. Dans la vraie vie, je suis allée m’occuper de toutes mes obligations. C’est plus simple, je n’ai pas trop besoin de réfléchir.

La journée passe doucement sans être réellement désagréable. C’est le néant. Je suis aussi lente que le temps. Cela ne me dérange pas du tout.

Je prends le temps d’écrire à divers moment de la journée. Je me sens plutôt inspirée mais à l’image d’hier, mes doigts bloquent. Je tente de ne pas y prêter attention. Je fais des pauses.

Le soleil se couche et je me rends sur mon matelas de yoga. Je ne sais pas trop quoi en penser. J’observe. Je reste sans jugement. J’enclenche la vidéo et me lance. Le thème d’aujourd’hui est l’amour de soi. La séance commence en douceur avec des étirements que je parviens à effectuer. Je gagne en confiance. Lorsqu’arrivent les postures plus difficiles, mes muscles vacillent. Je les recentre par mes profondes inspirations et mes lentes expirations. Je ne renonce à aucun mouvement. Au milieu de la session, Adriene m’invite à penser à quelque chose que j’aime chez moi et à me focaliser dessus. Je choisis d’apprécier ma détermination. Cet état d’esprit m’aide à affronter les positions suivantes, qui me donnent du fil à retordre. Je tombe à deux reprises. Heureusement, le sol est prêt à me rattraper.

En fin de pratique, tous mes muscles se sentent usés. Mon esprit, lui, se sent apaisé. J’avais besoin de me connecter à mon corps et mes sensations autrement que par la douleur. Nous avions besoin de faire équipe afin de garder cette confiance que nous cultivons ensemble.

Je vais me coucher. La nuit s’annonce douce.

Jour 25

Déterminée à ne pas me laisser dicter ma conduite par mon corps raidit par la nuit, je me lève dès mon premier réveil. Il fait sombre dans l’appartement. Instinctivement, je me retrouve sur mon tapis. J’exécute les mouvements avec la souplesse d’un robot. Aujourd’hui, mes mains sont loin de toucher le sol mais ce n’est pas important. Je ne cherche pas la performance mais les sensations. J’ai l’esprit complètement neutre. Mes pensées vont uniquement sur mon souffle. Je tremble énormément. Parfois, je tombe. Mais je me relève, je persévère.

A la fin de ma séance de yoga, je prépare un petit déjeuner que j’avale à une vitesse folle, tellement mon ventre est vide.

Je m’installe à mon bureau et poursuis mes démarches administratives. Par la suite, je continue l’élaboration de mon projet professionnel. Une idée alléchante me passe par la tête et je vais à la pêche aux informations. Je déchante rapidement. Mon enthousiasme retombe très vite, je n’ai même pas le temps de réaliser que j’en pleure. Mes émotions sont sur le grand huit, en pleine descente. Je n’avais pas prévu d’aller au parc d’attraction mais j’accepte et accueil ce moment. Je note que je reste très sensible à ce sujet et décide que j’ai assez travaillé pour aujourd’hui. Il ne sert à rien de me faire violence.

L’après-midi, j’ai énormément de projets. Je suis heureuse d’être si active. Vers l’heure du goûter, mon corps me fait rapidement comprendre qu’il en a assez. J’ai les genoux qui menacent de flancher. Je les supplie de tenir encore un peu. Ils acceptent mais mon dos se met à pester. Et mon ventre gargouille. Puis mes yeux se liguent et brûlent ensemble. Tous mes muscles commencent à m’envoyer des alertes. Je dois admettre que ces derniers temps, mon corps m’a permis plus de choses que pour les douze derniers mois réunis. Et je le remercie, encore et encore. Merci, merci, merci. Je t’en prie, fais moi confiance, nous voulons la même chose. Notre bien. Suis moi, encore un peu. Je suis en pleine négociation interne.

Lorsque le soleil tombe, je suis en voiture. Je suis passagère pour les deux prochaines heures. Tous mes sens en prennent de la graine. Le moteur rugit, la pluie frappe la carrosserie tandis que la musique joue le fil conducteur de cette joyeuse berceuse. Mes oreilles accueillent ce brouhaha. Sur mes lunettes se reflètent les lumières des phares. Parfois jaunâtre, parfois rouge. Tout bouge tellement vite que mes yeux ont du mal à suivre. Je suis souvent obligée de baisser le regard pour le calmer. Par la fenêtre, je distingue dans le brouillard les montagnes. Elles forment une ombre imposante. A l’opposé, le lac disparaît dans la brume et la grisaille. Dans l’habitacle, la température est artificiellement chaude. Je m’y sens bien.

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Le soir venu, je m’asseye. Je sais que je ne vais plus devoir me relever. La nuit est tombée depuis plusieurs heures et je peux enfin écrire. Toutes ces péripéties ont formé dans ma tête des nuages d’idées. Je commence à les esquisser. C’est au tour de mes doigts de protester. Mes phalanges se verrouillent, une à une. Je souhaite réellement aller jusqu’au bout des mes pensées. J’insiste. Je repousse encore et encore mes limites. J’ai beau respecter mon corps, je ne veux plus rester figée. J’ai trop peur de ne plus me mouvoir. J’arrêterais de bouger que lorsque je n’aurais plus le choix.

Je ne sais pas si c’est la bonne stratégie mais je décide de vivre au lieu de craindre la vie. Et ça me rend heureuse.

Jour 23

Réveil doux. Je sors du sommeil cotonneux avec souplesse. Mes premiers mouvements sont lents et paresseux. Et ça n’a pas d’importance car rien ne m’attend aujourd’hui.

Je me dirige dans la cuisine. Par la fenêtre, la météo est claire. Les environs sont lumineux et la grisaille de décembre a disparu pour quelques heures. Au fond du tableau, la neige tapisse les montagnes. J’inspire et imagine cet air frais passer par mes narines. J’ai bien envie d’aller goûter à cette température extérieure. J’enclenche la bouilloire et me prépare une boisson chaude. Dès ma première gorgée, mes sens sont en émois. La tasse est presque brûlante, l’odeur est enivrante et le liquide est délicieux. Au fur et à mesure que le breuvage descend dans mon corps, mes organes se réveillent un à un.

Je vais m’installer sous une couverture, dans le canapé. Sans préméditation, je me mets à écrire. Je ne me sens pas spécialement inspirée pourtant, j’ai bien envie de tenter l’exercice. Voir où ça peut me mener. Mon intellect se réveille à son tour. J’allie les mots ensemble et je suis plutôt satisfaite. Certes, je n’ai pas la sensation d’avoir rédigé mes plus beaux textes mais surtout, je n’ai pas abandonné. Je suis consciente que je ne peux pas produire à chaque coup un feu d’artifice. Et il n’y a rien de mal à ça. Mon accomplissement me rend simplement fière. Il ne m’en faut pas plus.

L’après-midi, je me rends en forêt avec une amie. Il ne fait pas froid et c’est agréable. Il reste de maigres morceaux de neige par endroit, le reste a disparu. J’aime aller mettre mes pieds dans cette texture. Nous empruntons un chemin, puis un autre. Nous ne savons pas réellement quel est le bon. L’important est dans la balade et les sensations qu’elle nous procure. Les couleurs sont belles. Il y a du vert, plusieurs tonalités de brun, du blancs, du gris et même du jaune moutarde. Je suis ébahie par l’explosion de détails à observer. Après nous être laissée perdre, nous retombons à l’entrée de la forêt. Nous repartons pour un second tour, par un chemin différent. Par moment, la descente me complique la tâche. Il faut veiller à ne pas glisser et je sens que mes genoux sont fatigués par mes idées. Je respire et continue mes pas plus lentement. J’ai totalement confiance en mes capacités et je disperse mon amour dans mes membres. Nous revenons donc au point de départ et apaisée par la balade, nous rentrons.

Avant de préparer le repas, je m’installe pour effectuer mon yoga. Comme hier, je me remets dans la petite pièce. Dehors, il fait sombre. Je suis éclairée par les guirlandes qui tapissent mon plafond. Cet ambiance est relaxante. La session aussi. Adriene a deviné que j’ai suffisamment marché pour la journée. En respirant, je repense à la forêt et j’ai l’impression qu’il me reste de cet air dans les poumons. Je me sens bien.

Je me sens bien et c’est tout ce que je souhaite.

Jour 22

C’est un réveil dans la douceur. Sans sonnerie alarmante. Je savoure cette chaleur reposante, dans mon lit. Je suis affamée.

Photo de Song Kaiyue sur Pexels.com

Je prends le temps de me préparer du pain perdu, agrémenté de cannelle et de baies. C’est délicieux. Je n’ai pas encore regardé l’heure et je décide de continuer ainsi. Mon objectif du jour, prendre soin de moi et me détendre.

Je m’installe sur la grande table et décide de fabriquer mes cartes de Noël. J’apprécie les activités créatives. En effet, je peux laisser libre cours à mon imagination et m’exprimer ainsi. Pendant la création, j’imagine le plaisir qu’auront les personnes qui découvriront mes cartes. Cela me motive d’autant plus. J’aime prendre soin de mon entourage et leur faire plaisir. Pour moi, il n’y a rien de mieux que d’offrir de mon temps. En fond, j’ai mis un film dans l’ambiance des fêtes. Cela m’inspire les couleurs et les motifs.

Au bout d’un temps, mon ventre me fait signe. Je me fie à mes sensations et range mes bricolages pour aujourd’hui.

Je passe l’après-midi dans la lenteur. Je suis contemplative. Je me repose. C’est tout ce dont j’ai besoin.

Le soleil se couche et dans l’optique de me faire du bien, je m’installe sur mon tapis. Aujourd’hui, la pratique est plus coriace. Je respire, je transpire. Je ne lâche pas les postures malgré les tremblements. Je me sens forte. J’affirme, je suis forte.

Je suis heureuse de vivre cette journée où je me permets d’aller au plus près de mes envies et de mes besoins. Suivant cette idée, je n’ai pas spécialement envie d’écrire. Je prends donc congé et ce, sans aucun remords.

C’est une belle journée.

Jour 21

Photo de Elly Fairytale sur Pexels.com

Au moment d’ouvrir les yeux, je constate que la peau de mes paupières s’est figée durant la nuit. Ma peau a du mal à se détendre et je ressens le poids de la fatigue. Avec certitude, j’abandonne le yoga pour ce matin. Il est plus raisonnable d’attendre le moment où ça m’apportera le plus de bénéfices.

Je me prépare et je pars affronter le froid extérieur. J’ai des rendez-vous. Par la même occasion, je profite de flâner dans les rues. Je ne dispose pas d’énormément de temps mais cela ne m’empêche pas d’en profiter.

C’est déjà une journée bien remplie et c’est loin d’être terminé.

L’après-midi, un rendez-vous professionnel m’attend. Je ressens le stress. En effet, j’ai débuté ma semaine avec de grosses incertitudes et j’ai travaillé dessus tous les jours. Aujourd’hui, c’est le moment de concrétiser et d’avancer. J’expose mon travail de réflexion et je débats sur mon avenir. Petit à petit, une nouvelle option se profile. J’ai plus de possibilités que je ne le pensais jusqu’à maintenant. Je ressens du soulagement et une note d’appréhension. En effet, j’ai plus de choix et cela comporte aussi des désavantages. En tout cas, je conclus cette entrevue avec sérénité.

Je décide de réellement m’accorder le week-end pour ne plus y songer et continuer mon travail, dès le lundi suivant. J’ai complètement mérité le repos et la détente.

Lorsque je décide d’écrire, une migraine me guette. J’entends ses pas s’approcher au fur et à mesure que je dépose mes pensées sur le clavier. Je persévère. Je suis motivée à aller au bout de ma mission et de ne pas me laisser faire. J’ai des choses à dire, qui me sont importantes. Avant la validation de l’article, la relecture m’est difficile. Je bâcle cette étape et le publie. Je m’allonge et me repose un temps. Elle a gagné mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

Après une micro-sieste, je suis déterminée à affronter mon tapis de yoga. Pour changer un peu, je décide de pratiquer dans une autre pièce que d’habitude. Elle est plus petite et je redoute de ne pas avoir assez de place. Au lieu de ça, je suis surprise par la façon dont je me sens protégée et forte. Ma concentration est plus profonde et solide qu’à l’accoutumée. Je donne mon maximum et j’en oublie toutes les sensations désagréables. Je suis tellement centrée sur ma respiration que plus rien ne compte. A la fin de la pratique, allongée sur le sol, je médite. J’aimerais que ce moment ne s’arrête jamais.

Au moment de me relever, la migraine me cogne. Je suis vaincue, je vais m’allonger à nouveau.

Dans mon lit, les yeux clos, j’observe la gratitude de pouvoir simplement vivre. Je n’ai pas toujours la chance de choisir mais en contrepartie, je suis réellement heureuse. Je suis bien dans ma vie.