Jour 61 – Savourer

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Le réveil sonne et pour ne pas changer une équipe qui gagne, mon corps endormi et moi-même, nous nous rendons sur le tapis de yoga. Dehors, le soleil se lève, timidement. Je me sens à l’aise dans mes mouvements, ils sont fluides et je parviens à faire le vide de plus en plus rapidement. Arrive une posture me demandant, si j’en ai l’envie et la possibilité, de me mettre sur la pointe des pieds. Et sans m’en apercevoir, je me lance. Certes, je ne peux pas tenir la posture, j’y accède tout juste mais j’ai essayé. Ce n’est qu’à la fin de la pratique que je m’en rends compte. Pour remettre un peu de contexte, il y a un an, me mettre sur la pointe des pieds, pour attraper quelque chose, par exemple, c’était inenvisageable. J’étais trop faible, et cela impliquait une souffrance sans limite. Il y a deux mois, me mettre sur la pointe des pieds, j’y pensais quinze fois et puis je me disais que c’était mieux pas, je n’en étais pas capable. Et voilà que désormais, il n’y plus de limites. Alors, la douleur est toujours là mais j’ose enfin la défier. Et j’avoue, j’ai eu mal mais rien d’insurmontable. C’est une petite victoire pour entamer une belle journée.

La matinée passe à une allure folle. J’enchaîne entre les rendez-vous et les petites choses à faire. Je me déplace avec facilité et détermination. Et dans mes pensées, je ressens une profonde gratitude d’arriver à jongler avec autant de choses dans un laps de temps si restreint. J’avais accepté cette nouvelle vie, faites de choix et de contraintes en me contentant du plus important. Cependant, c’est un bonheur sans fin de pouvoir vivre un peu plus, comme avant. Je suis très lucide malgré tout, je sais que rien est acquis et que demain est un autre jour. Alors je savoure aujourd’hui.

Aujourd’hui, je savoure le repas que j’ai eu du plaisir à réfléchir, me procurer les ingrédients puis concocter.

Aujourd’hui, je savoure le rayon de soleil qui me salue, simplement.

Aujourd’hui, je savoure lorsque mes doigts défilent sur le clavier, laissant une trace de cette folle aventure qu’est la vie.

Aujourd’hui, je savoure chaque mouvement, peut importe la douleur.

Aujourd’hui, je savoure d’arriver à remplir mes obligations sans me laisser déborder par le stress de l’inconnu.

Aujourd’hui, je savoure les moments de repos que je m’octroie, sans les voir comme une punition.

Aujourd’hui, je savoure les instants passés avec mes proches, entre confessions et paroles légères.

Aujourd’hui, je savoure cette fatigue dont je connais la cause et que j’accueille avec joie.

Aujourd’hui, c’était une belle journée pour savourer le goût de la vie.

Jour 52 – La joie

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J’émerge aisément. La chance me sourit. Je me prépare une infusion, ça me tient chaud tout en me réveillant doucement. Puis, je me dirige vers mon tapis de yoga. Je remarque que je ne tiens pas plus longtemps les postures mais qu’elles deviennent tout de même plus confortables. J’ai l’esprit qui divague un peu. Le cerveau est long au démarrage. Je me perds dans le paysage. J’aime faire du yoga, non loin de la baie vitrée. Ainsi, je peux égarer mon regard. Lorsque je dois tenir des postures d’équilibre, je prends toujours la même bâtisse rose tulipe. Je ne saurais expliquer pourquoi. Est-ce les fenêtres quadrillées, aux cadrans blancs, arrondis qui me fascinent? Ou alors, les tuiles marrons de la toiture qui m’attirent? Chaque fois que je la regarde, j’observe un nouveau détail. La séance s’achève avec une grande expiration bruyante. Apaisante.

Je suis prête à entamer ma journée.

J’ai du travail administratif à faire ce matin. Je dresse une liste un peu décourageante. Elle est longue et rien ne me donne envie, forcément. Pourtant, je vais puiser dans l’énergie engrangée ces derniers jours et me motive. J’avoue que je n’ai pas vu le temps passer. J’ai coché les cases plus vite que je ne pensais. C’est une bonne chose de faite.

Je profite de ce moment pour tenter une nouvelle démarche. Je m’écris un e-mail, à la moi dans une année. Je n’ai pas nécessairement besoin de faire le point avec le passage d’une année à l’autre mais je ressens clairement, qu’au niveau de ma vie, je traverse une période floue et déterminante. Alors, je fais l’état des lieux et j’essaie de transcrire au mieux l’état d’esprit dans lequel je suis. Je m’écris des mots doux et encourageants. Je choisis de ne pas mettre de projections vers le futur car je me laisse toutes les possibilités et je ne veux pas créer de déceptions. Je ne relis pas mes mots, afin de ne pas les encrer dans ma mémoire, tant pis pour les fautes. Et je conclus par la programmation de l’envoi, dans une année.

Contente de ma matinée, je file en cuisine me préparer un truc à manger. D’ailleurs, je songe toujours à commencer une rubrique sur le blog, parlant nourriture. Mais je suis indécise et j’ai un peu la flemme, je l’admets. Ça viendra, si ça doit venir.

L’après-midi commence avec de bonnes nouvelles sur le plan personnel. Décidément, le sourire s’installe sur mon visage. Par la suite, je passe plusieurs heures à jouer aux jeux vidéos. C’est léger, ça passe le temps et je m’amuse. C’est tout gagnant.

Quelques heures plus tard, je remarque qu’il fait nuit, dehors. Je m’aperçois que je n’ai ni eu envie ou besoin d’aller prendre l’air. Ça sera pour demain. Néanmoins, j’ai envie de me dépenser. Je mets de la musique et commence à danser. Au début, c’est un peu ridicule car même si je suis à l’abris des regards, je me juge. Je ne sais pas danser, et je ne sais encore moins coordonner mes mouvements. Puis doucement, je me rassure et m’offre la permission de vivre ce moment pour moi. Je cherche les sensations et non la beauté. Je ferme les yeux et me concentre sur le rythme et les mouvements. J’ai de plus en plus envie de sentir mon rythme cardiaque s’accélérer et que mon corps puisse libérer des endorphines. D’ailleurs, souvent, lorsque je me promène, j’observe et envie les coureurs. Ça me manque tellement la course à pieds. Alors je me mets à bouger de plus en plus vite. Mon corps se meut sans cohérence, ni constance. Il crée son propre langage et je rentre en communion interne. Il m’arrive de ressentir des faiblesses dans mes membres inférieurs, il m’arrive d’avoir des décharges. Mais je dépasse encore les limites. Je vis dans la joie de cet instant.

Lorsque je m’arrête, je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. Je ressens la joie d’avoir bouger, de m’être sentie vivre. Je perçois la surprise d’en avoir été capable et d’avoir été portée par mon corps, qui m’a plus d’une fois lâché malgré lui. Je suis émue d’avoir cette opportunité pourtant si simple et banale.

J’évacue les émotions et les contractures avec l’eau chaude de la douche.

Le soir, je me prépare un repas simple et rapide car malheureusement, mon coup de folie amène ses effets douloureux. Je tente de n’y accorder qu’une mince attention. Je m’installe dans le canapé et transcris mes exploits, je ne trouve pas d’autres termes. Mes yeux piquent et mes doigts se bloquent mais je ne veux rien oublier. J’écris. Je dois consolider ce joli moment que je veux revivre encore et encore. Je veux garder en tête que tout est possible.

Je m’endors, le sourire toujours présent sur mes lèvres.

Jour 35

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Je me réveille encore une fois, avant le jour. J’ai cauchemardé avant de sortir du sommeil mais je reprends mes esprits avec fierté. Dans mon mauvais rêve, j’étais en pleine fuite d’un événement épouvantable pourtant, sans comprendre pourquoi, je me suis retournée pour l’affronter. J’ai vaincu ma peur et me suis réveillée ainsi. Pour une fois, je ne me sens pas sous l’emprise négative de ce terrible songe mais tout l’inverse. Même si ce n’était que fictif, j’ai fait preuve de courage et d’audace. Bien plus que dans la vie réelle. J’aime me laisser penser que c’est le témoignage d’une nouvelle force entrain d’être forgée et sur ce, je décide de me lever. Malgré les aventures nocturnes, je me sens reposée. C’est l’effet du cocon familial.

Être entourée de ces voix bien connues, dans cette ambiance chaleureuse, je n’ai besoin de rien d’autre pour me sentir à ma place. Finalement, mon appréhension de ne pouvoir prendre soin de moi est disparue très rapidement. Mes proches me couvre d’attentions et d‘amour.

Cette seconde journée de fête se déroule dans l’ébullition d’être ensemble. Les rires, les engueulades pour se chamailler, les soupirs, les sourires. Je prends le soin de déguster chaque seconde. J’imprime chaque instant dans ma mémoire, avec les odeurs, les sons et les textures. Ça sent le chocolat, la cannelle et il fait plutôt chaud. Je me sens totalement enrobée d’euphorie, de tendresse et de paix.

En fin de journée, ce n’est pas les mots qui manquent mais l’énergie. Je retranscris tant bien que mal mes émotions, mes souvenirs et mes pensées. Je prends le temps de m’étirer durant une quinzaine de minutes et retourne le plus vite possible me ressourcer, auprès de mes proches. Je dois profiter sans compter de ma famille. Je suis tellement reconnaissante de les avoir qu’il m’est insupportable de ne pas transformer chaque minute en une célébration. D’ailleurs, j’y retourne et tant pis pour la fatigue, je me reposerais sur eux.

Jour 28

Matin sans sonnerie. Le réveil a eu congé aujourd’hui. La chaleur du sommeil m’enveloppe. Je m’en extirpe avec une douce lenteur.

Le soleil est levé, il lutte avec les nuages afin de se faire une place. Le ciel est tinté de bleu et de cotton jauni. Je me demande si j’irais profiter de cette météo. Pendant ce temps, je prépare mon petit déjeuner. Je m’installe à mon bureau et je prends le temps d’écrire. Je ressens de la joie d’avoir introduit cette pratique dans mon quotidien. Je suis rassurée de savoir que j’ai un espace où transposer mes mots. Je me réjouis de pouvoir, dans plusieurs mois, reprendre mes premiers écrits et constater le chemin parcouru. Je suis heureuse d’arriver à m’accorder ce temps pour moi. Il n’est pas une contrainte mais un rendez-vous que je ne saurais manquer.

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Aujourd’hui est une journée centrée sur le nettoyage. Comme le commun des mortels, je dois effectuer un brin de ménage. Mon environnement n’est pas insalubre pour autant mais je ressens le besoin de dépoussiérer chaque recoin. Comme pour faire peau neuve, repartir sur une base saine et neutre. Je m’applique. Dehors, le soleil brille sans relâche. J’ouvre les fenêtres afin de profiter de cette belle après-midi. Lors du nettoyage de mes vitres, je grignote quelques minutes où les rayons caressent ma peau. J’emplie mes poumons de cet air frais et agréable. Prendre soin de mon environnement me demande énormément d’énergie mais comme à mon habitude, je mets en place des stratégies. Je me repose entre deux tâches, j’alterne de main, je me ménage. C’est plutôt ironique de se ménager pour les tâches ménagères, maintenant que j’y pense. Je trouve de réels points positifs à ce moment si banal et désagréable pour certains. C’est comme si je rendais honneur à ce lieu qui me protège et m’accompagne chaque jour. Le moment où je m’occupe de mes plantes est l’un de mes favoris. Je les arrose et ensuite vient le moment de les bichonner. Je prends un chiffon doux et passe délicatement sur chaque feuille du zamioculcas qui trône dans le salon. Je chouchoute chaque tige. La couleur est magnifique. C’est un moment où mes pensées sont au-delà de mes gestes. En pleine contemplation de la beauté des choses simples.

Le soleil va se coucher lorsque j’arrive au bout de mes peines. Je m’accorde une douche bien méritée. Je laisse longuement l’eau masser mon corps. J’ai l’esprit apaisé d’avoir réussi à aller jusqu’au bout de ma journée. En sortant de la salle de bain, j’ai la sensation de redécouvrir la beauté du lieu qui m’héberge. Tout brille à mes yeux.

Mon ventre me rappelle à l’ordre et m’explique je n’ai toujours pas mangé, tellement absorbée par mon programme. Je réunis mes dernières forces et me raisonne. Je sais qu’il est important de me nourrir, surtout après de tels efforts. Je passe en cuisine et me prépare un repas. Je ne sais pas s’il est merveilleusement réussi ou si j’ai simplement trop faim, en tout cas, il satisfait mon palet. Heureusement que personne ne m’observe car je finis par nettoyer du bout de mon index mon assiette, afin de ne rien laisser dans l’assiette. Cependant, je ressens encore le besoin d’avaler quelque chose. Je réflechis lorsque mon esprit s’arrête sur un chocolat chaud. C’est la boisson idéale pour terminer ma journée, ma faim et compléter mon bonheur.

Physiquement, j’ai demandé énormément et peut-être même plus que de raison. Mes muscles font la moue. Je songe au yoga. Je comprends vite qu’il ne faut pas exagérer. C’est assez. Je dois me permettre d’avoir une certaine souplesse d’esprit. C’est en allant me coucher qu’il me vient une idée. Je m’asseye dans mon lit et j’effectue de très légers étirements. J’inspire de tout mes poumons. J’octroie ces dernières minutes de relaxation avant le repos nocturne. Je félicite ma chair de m’avoir porté, encore une fois. Puis je m’allonge. Je passe en revue chaque partie de mon anatomie. En parcourant mon être, je détends une à une, chaque tension. J’expire profondément jusqu’au sommeil.

Jour 27

Je me lève avec paresse, encore fatiguée de la veille. Les muscles m’en parlent encore.

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J’ai mon dernier rendez-vous professionnel. Nous faisons le bilan de mes recherches, de mes projets. Mon avenir est loin d’être tracé mais, j’ai des outils pour y parvenir. Le futur a le goût de l’incertitude malgré tout, je me sens apaisée. J’ai foi en mes capacités à me former, à apprendre. J’ai soif de découvrir de nouvelles facettes du monde. Je suis courageuse. Je vais devoir l’être encore plus.

Suite à ça, je passe une bonne partie de ma journée debout, à arpenter les rues. Portée par mes idées, j’en oublie mes sensations. Mes douleurs deviennent silencieuses. La météo est tempérée pour le mois de décembre, si bien que j’en ouvre ma veste. Mes pas se font de plus en plus lourds et maladroits. Je me déplace avec autant d’imprécisions que d’envies. Je commence à comprendre que je vais devoir faire un choix. C’est devenu habituel pour moi, de compter mes cuillères (théorie des cuillères). Je suis entrain de puiser dans les maigres ressources d’énergie que j’ai à disposition. Je songe au yoga et à quel point, après toute cette marche, je ne pourrais pas pratiquer comme je l’entends. Je tente de rester positive mais aussi réaliste. C’est un équilibre périlleux.

En rentrant, je sais que le repos m’appelle. J’ai peur de trop me reposer et de ne plus être capable de bouger par la suite. Je peine à tout lâcher. J’écris quelques lignes puis je m’arrête. Je ferme les yeux. Je les ouvre aussitôt.

Finalement, je décide de me lever et d’emballer mes paquets. Je consacre du temps à chacun d’entre eux afin de les emballer de papier et d’amour. Je suis assise au sol, sur un petit bloc. Mes jambes ont du mal à trouver leurs places. Je bouge énormément. Par moment, je prends le temps de m’étirer, comme je le ferais sur mon tapis. Après avoir accompli ma tâche, je remonte sur le canapé. Accomplie, je m’accorde enfin la détente.

Je m’endors.

Jour 26

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J’émerge avec confusion.

Je me sens vide.

Malgré la nuit, le sommeil n’a pas chargé mes batteries.

Et pour ne rien arranger, lorsque je croise mon tapis de yoga, je ressens légèrement l’appréhension. Depuis le début de la semaine, je ressens une latence dans la récupération. Mon esprit va à nouveau plus vite que mon corps n’a le temps de se régénérer. Je repousse ma séance de yoga a plus tard. Je dois admettre que j’ai peur d’échouer. J’ai peur d’être contrainte à abandonner à nouveau ce qu’il me plaît. Si je n’entreprends pas, je ne peux pas abandonner. Mais si je n’entreprends pas, j’ai abandonné. C’est un cercle vicieux dans lequel je ne veux plus rentrer.

Dans un monde idéal, j’aurais tout de suite été sur mon tapis. Dans la vraie vie, je suis allée m’occuper de toutes mes obligations. C’est plus simple, je n’ai pas trop besoin de réfléchir.

La journée passe doucement sans être réellement désagréable. C’est le néant. Je suis aussi lente que le temps. Cela ne me dérange pas du tout.

Je prends le temps d’écrire à divers moment de la journée. Je me sens plutôt inspirée mais à l’image d’hier, mes doigts bloquent. Je tente de ne pas y prêter attention. Je fais des pauses.

Le soleil se couche et je me rends sur mon matelas de yoga. Je ne sais pas trop quoi en penser. J’observe. Je reste sans jugement. J’enclenche la vidéo et me lance. Le thème d’aujourd’hui est l’amour de soi. La séance commence en douceur avec des étirements que je parviens à effectuer. Je gagne en confiance. Lorsqu’arrivent les postures plus difficiles, mes muscles vacillent. Je les recentre par mes profondes inspirations et mes lentes expirations. Je ne renonce à aucun mouvement. Au milieu de la session, Adriene m’invite à penser à quelque chose que j’aime chez moi et à me focaliser dessus. Je choisis d’apprécier ma détermination. Cet état d’esprit m’aide à affronter les positions suivantes, qui me donnent du fil à retordre. Je tombe à deux reprises. Heureusement, le sol est prêt à me rattraper.

En fin de pratique, tous mes muscles se sentent usés. Mon esprit, lui, se sent apaisé. J’avais besoin de me connecter à mon corps et mes sensations autrement que par la douleur. Nous avions besoin de faire équipe afin de garder cette confiance que nous cultivons ensemble.

Je vais me coucher. La nuit s’annonce douce.

Jour 25

Déterminée à ne pas me laisser dicter ma conduite par mon corps raidit par la nuit, je me lève dès mon premier réveil. Il fait sombre dans l’appartement. Instinctivement, je me retrouve sur mon tapis. J’exécute les mouvements avec la souplesse d’un robot. Aujourd’hui, mes mains sont loin de toucher le sol mais ce n’est pas important. Je ne cherche pas la performance mais les sensations. J’ai l’esprit complètement neutre. Mes pensées vont uniquement sur mon souffle. Je tremble énormément. Parfois, je tombe. Mais je me relève, je persévère.

A la fin de ma séance de yoga, je prépare un petit déjeuner que j’avale à une vitesse folle, tellement mon ventre est vide.

Je m’installe à mon bureau et poursuis mes démarches administratives. Par la suite, je continue l’élaboration de mon projet professionnel. Une idée alléchante me passe par la tête et je vais à la pêche aux informations. Je déchante rapidement. Mon enthousiasme retombe très vite, je n’ai même pas le temps de réaliser que j’en pleure. Mes émotions sont sur le grand huit, en pleine descente. Je n’avais pas prévu d’aller au parc d’attraction mais j’accepte et accueil ce moment. Je note que je reste très sensible à ce sujet et décide que j’ai assez travaillé pour aujourd’hui. Il ne sert à rien de me faire violence.

L’après-midi, j’ai énormément de projets. Je suis heureuse d’être si active. Vers l’heure du goûter, mon corps me fait rapidement comprendre qu’il en a assez. J’ai les genoux qui menacent de flancher. Je les supplie de tenir encore un peu. Ils acceptent mais mon dos se met à pester. Et mon ventre gargouille. Puis mes yeux se liguent et brûlent ensemble. Tous mes muscles commencent à m’envoyer des alertes. Je dois admettre que ces derniers temps, mon corps m’a permis plus de choses que pour les douze derniers mois réunis. Et je le remercie, encore et encore. Merci, merci, merci. Je t’en prie, fais moi confiance, nous voulons la même chose. Notre bien. Suis moi, encore un peu. Je suis en pleine négociation interne.

Lorsque le soleil tombe, je suis en voiture. Je suis passagère pour les deux prochaines heures. Tous mes sens en prennent de la graine. Le moteur rugit, la pluie frappe la carrosserie tandis que la musique joue le fil conducteur de cette joyeuse berceuse. Mes oreilles accueillent ce brouhaha. Sur mes lunettes se reflètent les lumières des phares. Parfois jaunâtre, parfois rouge. Tout bouge tellement vite que mes yeux ont du mal à suivre. Je suis souvent obligée de baisser le regard pour le calmer. Par la fenêtre, je distingue dans le brouillard les montagnes. Elles forment une ombre imposante. A l’opposé, le lac disparaît dans la brume et la grisaille. Dans l’habitacle, la température est artificiellement chaude. Je m’y sens bien.

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Le soir venu, je m’asseye. Je sais que je ne vais plus devoir me relever. La nuit est tombée depuis plusieurs heures et je peux enfin écrire. Toutes ces péripéties ont formé dans ma tête des nuages d’idées. Je commence à les esquisser. C’est au tour de mes doigts de protester. Mes phalanges se verrouillent, une à une. Je souhaite réellement aller jusqu’au bout des mes pensées. J’insiste. Je repousse encore et encore mes limites. J’ai beau respecter mon corps, je ne veux plus rester figée. J’ai trop peur de ne plus me mouvoir. J’arrêterais de bouger que lorsque je n’aurais plus le choix.

Je ne sais pas si c’est la bonne stratégie mais je décide de vivre au lieu de craindre la vie. Et ça me rend heureuse.

Jour 22

C’est un réveil dans la douceur. Sans sonnerie alarmante. Je savoure cette chaleur reposante, dans mon lit. Je suis affamée.

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Je prends le temps de me préparer du pain perdu, agrémenté de cannelle et de baies. C’est délicieux. Je n’ai pas encore regardé l’heure et je décide de continuer ainsi. Mon objectif du jour, prendre soin de moi et me détendre.

Je m’installe sur la grande table et décide de fabriquer mes cartes de Noël. J’apprécie les activités créatives. En effet, je peux laisser libre cours à mon imagination et m’exprimer ainsi. Pendant la création, j’imagine le plaisir qu’auront les personnes qui découvriront mes cartes. Cela me motive d’autant plus. J’aime prendre soin de mon entourage et leur faire plaisir. Pour moi, il n’y a rien de mieux que d’offrir de mon temps. En fond, j’ai mis un film dans l’ambiance des fêtes. Cela m’inspire les couleurs et les motifs.

Au bout d’un temps, mon ventre me fait signe. Je me fie à mes sensations et range mes bricolages pour aujourd’hui.

Je passe l’après-midi dans la lenteur. Je suis contemplative. Je me repose. C’est tout ce dont j’ai besoin.

Le soleil se couche et dans l’optique de me faire du bien, je m’installe sur mon tapis. Aujourd’hui, la pratique est plus coriace. Je respire, je transpire. Je ne lâche pas les postures malgré les tremblements. Je me sens forte. J’affirme, je suis forte.

Je suis heureuse de vivre cette journée où je me permets d’aller au plus près de mes envies et de mes besoins. Suivant cette idée, je n’ai pas spécialement envie d’écrire. Je prends donc congé et ce, sans aucun remords.

C’est une belle journée.

Jour 21

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Au moment d’ouvrir les yeux, je constate que la peau de mes paupières s’est figée durant la nuit. Ma peau a du mal à se détendre et je ressens le poids de la fatigue. Avec certitude, j’abandonne le yoga pour ce matin. Il est plus raisonnable d’attendre le moment où ça m’apportera le plus de bénéfices.

Je me prépare et je pars affronter le froid extérieur. J’ai des rendez-vous. Par la même occasion, je profite de flâner dans les rues. Je ne dispose pas d’énormément de temps mais cela ne m’empêche pas d’en profiter.

C’est déjà une journée bien remplie et c’est loin d’être terminé.

L’après-midi, un rendez-vous professionnel m’attend. Je ressens le stress. En effet, j’ai débuté ma semaine avec de grosses incertitudes et j’ai travaillé dessus tous les jours. Aujourd’hui, c’est le moment de concrétiser et d’avancer. J’expose mon travail de réflexion et je débats sur mon avenir. Petit à petit, une nouvelle option se profile. J’ai plus de possibilités que je ne le pensais jusqu’à maintenant. Je ressens du soulagement et une note d’appréhension. En effet, j’ai plus de choix et cela comporte aussi des désavantages. En tout cas, je conclus cette entrevue avec sérénité.

Je décide de réellement m’accorder le week-end pour ne plus y songer et continuer mon travail, dès le lundi suivant. J’ai complètement mérité le repos et la détente.

Lorsque je décide d’écrire, une migraine me guette. J’entends ses pas s’approcher au fur et à mesure que je dépose mes pensées sur le clavier. Je persévère. Je suis motivée à aller au bout de ma mission et de ne pas me laisser faire. J’ai des choses à dire, qui me sont importantes. Avant la validation de l’article, la relecture m’est difficile. Je bâcle cette étape et le publie. Je m’allonge et me repose un temps. Elle a gagné mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

Après une micro-sieste, je suis déterminée à affronter mon tapis de yoga. Pour changer un peu, je décide de pratiquer dans une autre pièce que d’habitude. Elle est plus petite et je redoute de ne pas avoir assez de place. Au lieu de ça, je suis surprise par la façon dont je me sens protégée et forte. Ma concentration est plus profonde et solide qu’à l’accoutumée. Je donne mon maximum et j’en oublie toutes les sensations désagréables. Je suis tellement centrée sur ma respiration que plus rien ne compte. A la fin de la pratique, allongée sur le sol, je médite. J’aimerais que ce moment ne s’arrête jamais.

Au moment de me relever, la migraine me cogne. Je suis vaincue, je vais m’allonger à nouveau.

Dans mon lit, les yeux clos, j’observe la gratitude de pouvoir simplement vivre. Je n’ai pas toujours la chance de choisir mais en contrepartie, je suis réellement heureuse. Je suis bien dans ma vie.

Jour 14

C’est la dernière journée, officiellement. Je pars au travail, le coeur déjà chargé. L’appréhension est lovée près de mon estomac. Je ne sais pas si je suis prête à réellement conclure ce chapitre de ma vie.

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Cette journée est spéciale. Je ressens la tristesse dans le regard de mes collègues. Nous savons que je n’ai pas choisi cette situation. Mes émotions sont en surface. Ils m’ont préparés plusieurs surprises et elles me touchent. Tellement que des larmes coulent. A chaque gouttes, je réalise un peu plus que je quitte un endroit renfermant plusieurs magnifiques personnes. Elles ont été mon entourage professionnel et plus que ça. Elles m’ont accompagné durant cette année difficile. Tomber malade n’a pas été simple et je ne pourrais jamais les remercier de m’avoir soutenue dans ce combat. Malheureusement, ma santé m’impose de changer de chemin. Une route éloignée d’eux. Pourtant, je garde dans ma tête, chacune des minutes passées avec eux. C’était mon travail et bien plus encore. Je dois nourrir ces amitiés que nous avons cultivées car elles sont précieuses. J’ai le sentiment d’avoir trouver LES personnes bienveillantes dont j’avais besoin dans mon existence. Et j’ai conscience que ça n’arrive pas tous les jours.

Je ne pensais pas avoir autant de valeur, à leurs yeux. Je ne le réalise qu’au moment où ils me décrivent. Ils utilisent tellement d’adjectifs positifs et bienveillants. Ils sont reconnaissants envers moi. Je n’en n’avais pas la moindre idée. C’est un mélange d’émotions sans nom. Je ressens de la joie d’avoir tous ses retours, de sentir que je faisais réellement du mieux que je le pouvais. Or, une autre entité émotionnelle se cache, plus forte. C’est entre la tristesse, l’impuissance et la colère. Je suis en rage d’être contrainte de quitter tout ça. Il m’est difficile d’être objective. Durant cette journée, je comprends que c’est clairement le point final. Et pour une fois, ça m’agace d’être dans ma vie. J’en veux à je-ne-sais-qui, je-ne-sais-quoi d’être malade. Je me demande: « pourquoi moi ». C’est la fatigue et le flot d’émotions qui me font perdre ma lucidité. Pour une fois, faut que je l’admette: ça fait chier que ça m’arrive. Ça fait chier que ça arrive à qui que ce soit sur terre.

En rentrant, je déballe mes affaires et vois les présents qui m’ont été offerts. Je pleurs à nouveau et je prends conscience de la chance de les avoir rencontré. Je suis privilégiée qu’ils existe dans ma vie et rien n’est fini. Certes, je ne m’y rendrais plus quotidiennement. Certes, c’est une page qui se tourne. Toutefois, je n’ai plus besoin de les nommer en tant que collègues. L’étiquette professionnelle part à la poubelle. Je peux compter sur des amis. Je sais que la porte de cet endroit m’est grande ouverte. Si j’ai besoin d’un refuge, de me ressourcer, ou simplement de les voir, je peux y retourner.

Ce n’est qu’une page de l’histoire parmi tant d’autres à venir. Il me reste un tas de pages vierges à remplir de la présence de ces merveilleuses personnes.

Dehors, la neige a reprit. La vie continue. Mes pensées s’entremêlent et doucement, le sommeil s’invite.