Jour 79 – Aller de l’avant

Je m’éveille, sereinement. Mon corps me paraît reposé mais un détail attire mon attention. Ça vient de mes yeux. À peine je les ouvre qu’ils brûlent. Malgré les gouttes de la veille, le sommeil et les paupières closes, ils sont en feu.

Je me lève malgré tout, pensant qu’après encore quelques gouttes, cela passera. Je prépare une tisane, une fournée de yoghourt qui seront prêts dans une dizaine d’heures et me voilà partie vers le salon.

Mon tapis de yoga m’attendait. Ce matin, je suis une vidéo d’Adriene. La séance commence en douceur, réveillant mon corps et faisant taire les sensations désagréables. Puis, les postures s’enchaînent et s’intensifient. Je ne vois pas l’heure passer. Je me sens pleinement centrée et prête à profiter de cette magnifique journée.

Je vais me préparer un petit déjeuner et ensuite, je décide d’écrire. J’aimerais terminer l’article pour pouvoir le publier mais c’est sans compter mes yeux. Ils se rebellent et s’immolent. Je sors ma panoplie de gouttes et collyres mais rien n’y fait. Alors, je pose rapidement mes mots, le strict minimum, je ne relis même pas et j’abandonne. C’est trop douloureux et impossible d’écrire les yeux fermés.

Je tente d’aller préparer des compresses chaudes que je dépose délicatement sur mes paupières. Puis, j’instille encore une goutte dans chaque oeil et vais m’installer dans le canapé. J’ai l’impression que l’astuce des compresses a fonctionné. Je retrouve un confort mais de courte durée. Quel calvaire.

J’ai souvent les yeux secs, qui me brûlent, tirent et j’en passe. Pourtant, une crise aussi forte, dès le réveil, je n’en avais jamais connue. Ce n’est même pas une histoire de fatigue car je me sens en pleine forme. La situation est un peu rageante mais malgré tout, je fais preuve d’un calme olympien. Autrefois, je me serais peut-être énervée contre ce corps détraqué. Mais, à l’heure actuelle, j’ai appris à accepter les aléas de ce quotidien pas comme les autres. Il me demande de me réinventer chaque jour. Comme si chaque jour, j’avais un nouveau corps avec de nouvelles conditions. Instinctivement, désormais, je ne me lamente plus mais je vais directement vers les solutions. Je vais de l’avant.

Dehors, j’aperçois la grisaille et même si le soleil est caché sous une épaisse couche de nuage, je n’en peux plus d’avoir les yeux ouverts. Je les ferme à la moindre occasion et les plisse. Et soudainement, une idée un peu surprenante me vient en tête. Et si je remplace mes lunettes de vue par mes lunettes de soleil, j’aurais moins de luminosité, ça sera ça de gagné. Un peu honteuse d’en arriver à cette idée, je pars chercher mes lunettes. Le soulagement est immédiat. Mes yeux restent inconfortables mais je peux désormais les ouvrir un peu plus longtemps.

Avec ce sens entravé, je vais passer une partie de la journée à écouter des podcasts. J’avais envie de coudre, de regarder des films et d’écrire mais je remets à plus tard. Je n’ai pas spécialement le choix mais ce n’est pas l’important.

Au moment de me cuisiner une soupe, je dois admettre que c’est comique. Je ferme souvent longuement les yeux, pour apaiser le mal mais je ne suis pas sûre de maîtriser ma cuisine les yeux fermés. Et c’est à ce moment précis que je me rends compte le fabuleux travail que font mes yeux. Malgré les difficultés d’aujourd’hui, je les chéris et estime pleinement toute la chance que j’ai d’en avoir encore l’utilisation. Je les remercie mille fois, dans ce moment délicat et leur envoie tout mon amour. J’ai une pensée d’admiration (est-ce que je peux me permettre de le penser et de l’écrire?!) envers toutes les personnes malvoyantes.

Une fois ma soupe prête, je la savoure, toujours les yeux clos. Les sensations sont différentes et j’ai toute ma conscience sur ce qui se déroule dans ma bouche. Une explosion de textures, de saveurs. Je déguste lentement mon bol.

Puis, malgré les podcasts, je rencontre un peu l’ennui. J’avais imaginé avoir une journée plus active mais je ne sais pas fonctionner sans mes yeux. J’analyse mon corps et mes possibilités et je constate que je suis pleine d’énergie. Alors, je m’habille et pars prendre l’air. Si je n’ai pas la vue, j’ai la marche.

Une fois arrivée dehors, la luminosité s’intensifie, malgré mes lunettes de soleil toujours présentes sur mon nez. Et le vent. Je n’ai pas calculé les obstacles que je pourrais rencontrer. Le vent froid souffle sous mes verres et vient limer mes pupilles. Quel supplice. Pendant quelques minutes, je songe à abandonner la promenade jusqu’à ce que je prends une ruelle que je n’avais jamais emprunté. Et surprise, le vent ne sévit pas dans cette petite rue. Alors, je continue ma route.

J’avance au hasard, en fermant soigneusement les paupière dès que je le peux. Je soulève bien mes pieds, afin de ne pas buter contre une irrégularité du sol et ainsi, je vais de l’avant. En arrivant devant cette descente, je me questionne sur mes capacités. Pour moi, ces derniers temps, le plus dur a toujours été de descendre. C’est un exercice très challengeant et la pente est sacrément raide. Je n’ai aucune idée d’où mène ce chemin verdit mais je décide de laisser le destin choisir. J’avance.

En atteignant le point le plus bas, j’atterris au milieu d’une petite forêt avec une rivière. Je n’aurais jamais imaginé tomber sur une surprise pareille. Je prends hasardeusement un cliché et reste à écouter le son de l’eau. Je clos mes paupière, accoudée à la rambarde du pont et profite de reposer mes jambes. Après la descente, il y a toujours une montée.

J’entame la monté, tout aussi raide. Plus j’avance et plus je distrais ma tête des sensations désagréables. La promenade me fait un bien fou. Ce n’est qu’au moment de rentrer, que de derrière mes lunettes de soleil, j’entrevois des contrastes dans le ciel. Je les capture, pour pouvoir mieux les admirer plus tard. Ils étaient plus spectaculaire en vrai qu’en image. Tans pis.

Par un autre chemin, je retrouve la route de la maison. Je suis soulagée d’avoir pu aller mettre mon corps en mouvements. Certes, je n’ai pas pu observer tous les détails de ma balade, comme je le fais d’habitude. Pourtant, cette fois, j’ai perçu d’autres choses. J’ai porté mon attention sur les odeurs, les sensations de chaleur et de fraîcheur ainsi que les sons m’entourant. C’était différent de d’habitude mais tout aussi riche.

Ce soir, je vais continuer mes podcasts et m’endormir paisiblement. Ce fut une belle journée malgré les difficultés rencontrées.

Jour 75 – La créativité apaise les maux

Dès que j’ouvre les yeux, quelque chose à changé. Je me lève rapidement, pressée de profiter de cette énergie nouvelle. Après deux jours à chercher le vrai repos, celui qui régénère, le voilà enfin.

Comme un missile à tête chercheuse, je me dirige tout droit sur mon tapis de yoga.

Je pratique les postures avec dévotion, malgré que mes muscles vibrent sous mon poids, je tiens bon. Ma respiration est profonde et sonore. Je m’accorde ce temps pour démarrer la journée et à la fin, lorsque je médite, je me perds dans mes pensées. je songe à tout ce que je pourrais faire de cette journée et à toute ces possibilité qui s’ouvrent devant moi.

Je vais commencer par écrire, remettre au propre mes textes, le tout en avalant mon petit déjeuner.

Puis, je me prépare et sort, j’ai un rendez-vous chez ma thérapeute. Mes pas sont légers, la sensation de déplacement est agréable. En sortant de la séance, je vais chercher une belle brioche (adaptée à mes restrictions, youpi!) à la boulangerie. J’avance d’un pas décidé en destination de chez moi.

Il est bientôt midi donc je me rends en cuisine. J’ai en tête de préparer une recette de pâte à tartiner maison, afin d’accompagner ma brioche, pour le goûter. Pendant que je fais la recette, des douleurs s’éveille dans mes deux jambes. J’alterne les positions et tente de ne pas me focaliser sur le mal. Malgré mes efforts, il devient difficile de tenir debout. Je me dépêche de finir mes préparations et vais m’installer pour manger.

Pendant que je mange mon repas, une armada de douleurs plus vives et désagréables les unes que les autres, débarquent. je ne sais plus comment me tenir pour ne rien ressentir. J’admets, qu’à ce moment précis, j’ai l’impression que ma journée est terminée. Un peu résignée, je vais chercher des anti-douleurs, sans grands espoirs ainsi qu’une bouillotte sèche et vais m’allonger. Je lis quelques pages puis j’octroie la fermeture de mes paupières.

Lorsque j’ouvre les yeux, ce qui m’interpelle c’est ce son continu, en fond. Il n’était pas là lorsque je me suis assoupie. Je me retourne afin de pouvoir observer la fenêtre et identifie la provenance de cette douce mélodie. La pluie est battante et la vitre est assailli d’une multitude des gouttes épaisses. Le spectacle est reposant. Il m’inciterait presque à fermer un peu plus les yeux, enveloppé dans cet environnement réconfortant.

Je scanne les sensations et j’ai l’impression que le mal s’est en allé, me laissant un peu de répit. Ni une, ni deux, je me lève. Je ne sais pas jusqu’à quand ça va tenir cette fois-ci, alors je fonce. J’ai terriblement envie de peindre depuis plusieurs jours. À savoir que si je pouvais, je peindrais bien plus souvent mais cette activité demande beaucoup. Entre la préparation de l’atelier, le rangement de celui-ci, ainsi que le nettoyage des outils et sans compter le fait de peindre tout court. Ces choses peuvent sembler bête, de les compter, mais de mon point de vue, je dois calculer chaque acte afin d’évaluer ma propre énergie. Aujourd’hui, j’admets que je suis encore sous l’effet de ma sieste et des anti-douleurs. Ça ne durera pas éternellement, alors je saisis ma chance. Au passage, je me prends un petit goûté, ma fameuse brioche avec la pâte à tartiner. Un petit régal mais je ne m’attarde pas, je n’ai pas que ça à faire!

J’installe mon matériel, les protections et me voilà, face à ma première toile blanche. Je choisis les teintes et commence à imaginer le procédé. La bulle se forme et s’épaissit autour de moi.

Ma première toile donne un résultat dont je ne suis pas déçue mais elle renferme une histoire. J’ai eu beaucoup de mal à doser les couleurs, les apposer comme je le souhaitais. Jusqu’à la dernière minute, le processus a été chaotique. D’ailleurs, au moment où je l’ai mise à sécher, je n’étais pas encore convaincue. Et finalement, en la laissant de côté, la peinture à continuer à travailler et a révéler sa magie.

Puis, je reprends les teintes de bleus mais décide de prendre du cuivré pour l’agrémenter. Je ne saurais décrire ma passion pour ce jeu de couleurs. Je peux juste dire qu’elle me font vibrer. Je suis hypnotisée par chacune d’entre elles.

J’entame alors ma seconde toile. Le processus est apaisant, aspirant et plein d’incertitudes. Malgré tout, j’ai confiance. Peut importe le résultat, le chemin pour y parvenir est nourrissant. C’est une expérience nouvelle à chaque toile. Comme si c’était la première fois.

Dans ma bulle, il n’y a rien que les couleurs, le bonheur de créer et moi. En commençant cette troisième toile, je penses aux infinités de résultats possibles et me perds dans ce songe. Prise dans la spirale créative, je me laisse porter jusqu’au moment où je ressens que la toile est complète.

Je ne peux pas continuer à faire la sourde oreille. C’est ma dernière toile pour aujourd’hui. En effet, mon corps crie de plus en plus fort. Il me supplie d’arrêter tous mouvements. Il m’implore de l’écouter, de regarder sa souffrance en face. Les douleurs ont reprit depuis un moment, mais portée par la créativité, je n’ai rien vu. Si tôt je ferme les pots de peinture que je suis vivement assaillie par une force me tirant vers le sol. Étant recouverte de peinture, je ne veux rien salir, alors je m’allonge sur le parquet, pour attendre que ça passe. Je reste ainsi de longues minutes et je réunis tous les bouts de moi afin de me relever. Là, c’est bon, c’est officiel. J’ai mal. Je capitule, je plie n’importe comment les affaires et vais m’engouffrer dans la douche. Frotter la peinture est douloureux, je n’en ai pas la force. Je n’ai même pas la force de tenir debout. Je m’asseye, sous l’eau chaude. Mon estomac rejoint la danse et se noue de toutes ces forces. C’est une mutinerie.

Peu sûre de mes pieds, je sors de la douche et vais m’allonger, encore. J’entoure la bouillotte de tout mon corps, recherchant cette chaleur calmante.

Ce soir, je ne fais plus rien. Je laisse mes proches s’occuper de la vie. Je vais me coucher, les yeux encore pleins d’étoiles. Tellement heureuse d’avoir pu peindre et vivre une journée si remplie. Peut importe le prix que je paie à l’heure actuelle, ça valait le coût.

Jour 72 – Hommage

Photo de Sam Kolder sur Pexels.com

C’est un jour particulier. Il commence par une grasse matinée, un fait plutôt inhabituel. J’avais sûrement besoin d’un peu plus de sommeil que d’habitude. Puis, je me lève avec l’envie de prendre le temps d’émerger. Je commence par lire les nouvelles, dans le journal. Et c’est à ce moment-là que je ressens un déchirement. J’apprends le décès d’une jeune femme connue, atteinte de deux maladies rares dont une, la même que la mienne. Elle s’appelait Faustine Nogherotto.

Vous vous en êtes aperçu, je parle souvent d’elle, ma colocataire. Elle rythme mon quotidien, malgré moi. Je ne veux pas être réduite à son étiquette, c’est pour ça que j’ai fait le choix, jusqu’ici, de ne pas réellement mentionner son nom. Pourtant, je n’ai aucun mal à parler de celle qui tente de mener ma vie. Et c’est aussi pour cette raison que j’ai débuté ce blog, pour reprendre le dessus. Pour montrer que je peux encore prendre des décisions et des choix pour mener ma barque. Et ce matin, pavé dans la marre. Un ange rejoint le ciel.

Lors de mon diagnostique, j’ai cherché des informations sur internet, pour pouvoir comprendre et appréhender ce qui m’attendait. Ma pathologie touche généralement les personnes autour de la cinquantaine, alors je n’ai pas trouvé de pistes me permettant de m’identifier. J’avais besoin d’un modèle aussi proche en âge de moi, pour savoir comment vivre avec. Je cherchais le mode d’emploi à quelque chose d’inexplicable. Pendant ces recherches, je suis tombée sur cette jeune femme. Je m’étais sentie un peu moins seule. Elle avait à coeur de faire connaître les deux maladies rares dont elle était atteinte afin de faire avancer les recherches inexistantes.

Je ne la connaissais pas personnellement, pourtant, j’ai ressenti du chagrin. Elle a eu recours au suicide assisté, en Belgique. Ce n’est pas anodin comme acte mais je suis heureuse qu’elle ait pu partir sereinement, entourée de ses proches. J’espère que de là où elle est, elle est apaisée.

Constater qu’elle ne s’en est pas sortie indemne m’a fait un électrochoc. J’ai ressenti de la peur, de moi aussi, ne pas y arriver. Elle a été diagnostiquée autour de ces vingts ans et s’en est allée onze années plus tard. Je sais pertinemment que pour chaque malade, c’est une autre maladie. Mais cette nouvelle vient nourrir mes craintes les plus profondes face à mon avenir de malade chronique. Je n’ai jamais eu spécialement peur de mourir, mais cette fois-ci, plus que jamais, je n’ai aucune envie de laisser ma peau si vite. Je lui dédie mes larmes pendant quelques minutes et envoie toutes les plus douces pensées à ceux qui lui sont restés.

Et je reprends mes esprits, pour elle. Comme un hommage, je décide que pour elle et pour tous ceux souffrant dans le silence, je ne dois pas m’arrêter à l’étape de la peur. La peur n’empêche pas le danger. Et je ne peux pas gaspiller ce temps précieux, où je suis encore capable de vivre mille expériences fabuleuses. Je ne peux pas faire ça, rien que par respect pour les autres.

Alors malgré la boule dans ma gorge, je me lève. Je dois me lever et je dois affronter cette vie, peut importe les obstacles.

Et je commence par le yoga, comme chaque matin. Je sèche mes larmes et intérieurement, même si c’est encore le chaos émotionnel, je fais le vide. Je dédie ma séance, chacune de mes inspirations et tous mes gestes à toi, jolie ange. Et aujourd’hui, c’est la dernière séance du voyage avec Adriene. Une aventure qui s’achève, ainsi qu’une vie parmi tant d’autres. Adriene dit que dans chaque fin se trouve un nouveau commencement. Si elle savait comme ces mots raisonnent en moi. La particularité de la séance est qu’elle va pratiquer de son côté, sans donner d’indications à l’oral. Je commence la pratique et sors tous les outils appris jusqu’ici. La musique douce de la vidéo m’accompagne. Par moment, je jette un regard sur l’écran pour me rassurer, elle est toujours là. Puis, je plonge profondément dans mon corps et dans un espace alternatif. Je suis complètement engagée dans ma pratique et je recherche les postures me faisant du bien. Je n’ai pas conscience du temps et je n’en veux pas. En me retrouvant en posture du cadavre, je médite. Et lorsque je sors de cet état introspectif, je m’aperçois que la vidéo s’est terminée. Je ressens une certaine fierté d’avoir pratiquée seule durant une heure. C’était magique, apaisant. Je n’ai pas plus de mots, c’était puissant.

Le reste de la journée, je dédie mon temps à l’écriture, à me nourrir et à prendre le temps de profiter de vivre. Je n’ai pas besoin d’en dire plus car tout ce dont j’aimerais me souvenir réside dans les lignes précédentes. Malgré ces nouvelles bouleversantes, c’est une journée qui mérite d’être vécue et encore plus que toutes les autres.

Jour 71 – Se laisser vivre, c’est peut-être ça le secret

Ce matin, je me réveille avec lenteur. Mes yeux sont ouverts, mon corps se met en mouvement pour sortir du lit et malgré tout cela, je continue à dormir. Pendant quelques heures, je m’accorde le droit d’émerger. C’est le week-end, après tout.

Une fois que je me sens prête à commencer enfin cette journée, je rejoins mon tapis de yoga pour la séance du jour. C’est l’avant dernier jour du calendrier proposé par Adriene. Je suis focalisée sur l’instant et le savoure avec délicatesse.

Après la séance et une douche, je me retrouve en cuisine. Il est déjà l’heure du repas de midi que j’entame mon petit-déjeuner. Les heures n’ont aucune importance.

Cette après-midi, je décide de continuer à coudre. J’enclenche la musique avec laquelle je fredonne et le temps s’écoule.

En fin d’après-midi, je me prépare une soupe et le ventre réchauffé, alors que la luminosité décline, je me rends en balade. Aujourd’hui, il fait gris et il pleut sur la vie. Je choisis de me rendre près du lac, la promenade promet d’être vide vu le temps. Il ne fait pas spécialement froid et l’ambiance désertique m’apaise. L’eau est plutôt calme et les canards flottent à sa surface. Sur mes pas, la nuit tombe. Malgré la froideur des teintes qui m’entoure, cet balade me réchauffe le coeur.

Sur mes pas, la nuit tombe. Malgré la froideur des teintes qui m’entoure, cet balade me réchauffe le coeur. Et lorsque les lampadaires illuminent mes pupilles, il est temps de rentrer.

Après un bon repas, je décide d’écrire. J’ai cette impression d’avoir mille choses à dire. Mille songes qui doivent sortir de ma tête. Je ne ressens pas la fatigue comme si mon corps me donnait la permission d’aller jusqu’au bout de ce que j’ai entamé. Et vient le moment de mettre un point final. Dès ce moment précis, je vais me mettre dans mon lit et aussi soudainement, mon corps se relâche pour me laisser glisser vers le repos.

Je suis heureuse, ce fut une douce et belle journée.

Jour 70 – Météo changeante

Aujourd’hui, la banalité du quotidien me rattrape. J’ai de la lessive à faire et c’est l’activité qui va rythmer ma matinée.

Entre chaque minuterie pour descendre à la buanderie, je m’active. Pendant que la machine tourne, je profite pour avancer de la paperasse, que j’ai repoussé jusqu’à maintenant. Puis, je reprends l’écriture. Je ne cesse d’être coupée par la sonnerie me rappelant d’aller lancer une autre machine. Suspendre le linge est un défi physique, je tente de m’occuper l’esprit par un peu de musique. Et ainsi, la matinée défile, entre écriture et le linge propre.

La satisfaction d’accomplir des choses si simples, me nourrit. La satisfaction d’en être capable.

Je n’ai pas encore pu faire ma séance de yoga et je dois admettre qu’à chaque fois que je croise mon tapis du regard, je ressens un pincement. Ne pas avoir pratiqué dès le réveil me manque.

Lors du repas de midi, la lessive n’est toujours pas finie. J’attends d’avoir pleinement achevé cette corvée pour pouvoir passer à une activité plus récréative.

Dehors, depuis ce matin, les éléments se déchainent. J’ai eu l’occasion de les observer. Il y a eu la brume matinale puis la pluie battante et en continu, le vent balaie l’horizon. Les rafales sont si fortes que j’entends le sifflement continuel. Par moment, le soleil perce les nuages et j’ai même pu apercevoir un morceau de ciel bleu. De courte durée car le vent s’affaire à ne laisser aucune chance à une météo stable. Il règne en maître sur cette journée humide. Au loin, je devine les moutons sur le lac, la mousse blanche produite par les mouvements incessants des vagues. La couleur de l’eau est disparate. Par endroit, elle se veut bleu foncée et à d’autre, elle va du vert gris au vert fougère, intense. Certaines côtes sont brunie. Ce tableau insuffle en moi l’envie d’aller braver le froid.

Lorsque la machine se termine enfin, je suis dans un état approximatif. Je suis heureuse d’être parvenue au bout de ma corvée mais je suis frustrée de m’apercevoir que j’ai des douleurs fracassantes. Elles partent de la pulpe de mes doigts pour atteindre mes épaules et descendre au centre de mon dos. Depuis le réveil, c’est l’escalade douloureuse. J’ai tenté de l’ignorer mais en me rendant sur mon tapis, je suis heureuse d’y arriver mais je suis fâchée d’être dans un état aussi inconfortable que celui-ci. En posant la plante de mes pieds sur le tapis, je suis pessimiste sur mes capacités. Je me dis que la douleurs remplacera le bien-être et que ma séance est déjà gâchée. Et doucement, je m’encre dans la pratique, les postures et ma respiration. Et sans m’en apercevoir, je ne ressens plus rien de négatif. Je suis dans un espace différent. Il est protecteur, bienveillant et puissant. La magie a opéré et je m’en aperçois d’autant plus, lors de ma dernière expiration, avant d’ouvrir les yeux.

Je décide d’aller profiter de prendre l’air. Je m’habille et me lance dans la rue, sans destination précise. Comme d’habitude, la pluie en plus. À la différence que cette fois-ci, je regrette très vite d’être dehors. La douleur reprend plus vivement, ainsi que la fatigue. J’ai l’impression que mon corps entier me tire vivement vers le sol. Comme si la gravité était soudainement plus forte pour moi. Et la frustration revient. Je suis déçue de n’avoir pas pu profiter d’aller dehors lorsque j’avais de l’énergie. Je suis fâchée d’être contrainte de souffrir. Je ne trouve plus l’intérêt d’être dehors. Alors, je fais marche arrière, complètement désemparée par toutes les émotions envahissantes.

Et pendant que mes pensées s’enfonçent plus profondément dans une spirale déprimante de complainte, d’agacement et de déception, quelque chose attire mon oeil. Sur le trottoir mouillé, appuyé contre le poteau, un gros caillou. Il me surprend car d’habitude, il n’y a pas de caillou sur ce trottoir. D’autant plus qu’il est d’une belle taille et je me demande donc comment il est arrivé-là. Plus je m’en approche, plus je m’aperçois qu’il y a autre chose d’étrange. Arrivée à sa hauteur, je marque un arrêt et observe.

Fantastique

Et soudainement, je me mets à penser que c’est un signe de l’univers. Je m’imagine que le destin a décidé de me remonter le moral. Comme si le destin voulait que je n’oublie pas que la vie, malgré tout, c’est fantastique.

Je souris.

Je continue ma route, le coeur plus léger et acceptant de devoir rentrer pour me reposer. Cette fois, je ne suis plus fâchée. Quelques mètres plus loin, je trouve une autre pierre.

Formidable

Je marque encore une fois un arrêt, avec la curiosité de lire le mot. J’ai l’impression de participer par hasard, à un jeu. C’est formidable et je suis émerveillée par la magie de ce moment.

Magique

Et au troisième et dernier caillou que je rencontre, je suis reconnaissante envers la personne qui m’a fait vivre ce moment magique. Je ne pense pas que cette personne ait conscience qu’elle a fait basculer mes émotions et m’a allégé d’un poids. J’avais juste besoin d’un signe pour tout lâcher et pouvoir avancer vers mon bien-être. Alors, même si elle ne le saura jamais, je l’en remercie. Ces trois petits mots, si bien choisis, ont peint un doux sourire sur mon visage. Mais surtout, ces trois grosses pierres, m’ont fait réalisé que j’avais oublié d’apprécier le plus simple. Pendant quelques heures, je m’étais laissée happée par la négativité et je ne savais plus savourer toute la richesse de ma vie.

En rentrant, mes douleurs n’ont pas disparu. Elles sont si vivaces qu’elle me font douter. Comme si c’était pire que d’habitude et qu’au fond, je n’avais jamais vraiment eu mal. Pourtant, je sais que c’est faux. Déterminée à retrouver un peu de bonheur, j’enclenche le diffuseur et choisis un mélange d’huiles essentielles d’orange douce et de lavande. Dans cette ambiance parfumée et apaisante, je prends ma liseuse et m’allonge. Mon corps se relâche et je parviens à faire abstraction des sensations. Calme et réconfortée, c’est ainsi que je vais passer le reste de ma soirée.

Jour 69 – La revanche

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Je me lève, à l’aube d’un nouveau jour et toutes les possibilités qui vont avec. La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que j’ai besoin de me mouvoir, de prendre de l’air frais. Je ne saurais expliquer ce besoin, en sortant du lit. Alors sans chercher à comprendre, je m’habille et vais fouler le bitume. Il est tôt, le jour se lève à peine et dans la rue, les gens s’activent. En faisant le tour du quartier, j’observe toutes ces personnes qui s’empressent d’aller au travail, d’amener leurs enfants à l’école et ainsi de suite. Je savoure cette chance qui m’est donnée de pouvoir vivre auprès de mes besoins et de mes envies.

Je rentre chez moi, légère et prête à consommer mon énergie. Je commence par aller m’installer sur le tapis de yoga. Les pieds bien encrés dans le sol, je fais le vide et regarde en face de moi. Il fait plus clair désormais, par la fenêtre. Une épaisse brume maquille la vue. J’entame mes salutations au soleil, pensant peut-être pouvoir changer cette météo grisâtre. Puis, une fois satisfaite, j’enchaîne avec la séance d’Adriene. C’est une session pleine de douceur.

Aujourd’hui, j’aimerais énormément pouvoir remettre au clair mes écrits des jours passés. Et ainsi, je passe une bonne partie de la matinée à écrire. Je crois pouvoir dire que le chamboulement vécu cette semaine commence à se tasser. Je suis plus sereine avec cet idée de prendre un nouveau traitement, voulant faire ce qu’il y a de mieux pour moi ou en tout cas, essayer. Et l’heure tourne tellement vite pendant que mon esprit est occupé que je m’aperçois au dernier moment, que j’ai une séance avec ma thérapeute. J’enfile mes chaussures et m’y rends le plus rapidement que je le peux.

J’arrive juste à l’heure. La séance se déroule sans encombre.

En rentrant, mon estomac se fait entendre. J’ouvre mon frigo, sans grande inspiration. Je songe à un plat, puis un autre. Je ne suis pas très convaincue jusqu’au moment où me vient une idée alléchante et rapide (en plus!).

Je mange puis, cela fait plusieurs jours que j’aimerais changer un espace de rangement que j’ai dans mon salon. Me sentant pleine d’énergie, j’attaque en suivant mon plan initial. Je sors les tournevis et bricole mon intérieur avec ferveur. Par moment, je me trouve en difficultés et je suis tentée d’abandonner. Je me maudis d’avoir eu cette ambition. Puis, je prends de grandes inspirations et avec les expirations, j’expulse les pensées négatives. Doucement, je parviens à trouver des solutions aux problèmes se présentant. Je suis fière de moi. J’accomplis toutes les petites choses que je délaissais mais qui méritaient d’être faites. Comme pour prendre ma revanche sur les jours précédents, j’en fais le plus possible. En fin de journée, lorsque mon salon ressemble plus ou moins à ce que j’avais imaginé, je ressens la satisfaction d’en avoir été capable, toute seule. Je n’ai eu besoin que de moi-même, de temps et de persévérance.

Le soir, j’enfourne une belle lasagne faite maison et la déguste avec mes proches. Je me sens éreintée mais accomplie. Je m’endors, confiante.

Jour 68 – Lâcher prise

« Parfois, lâcher prise est un acte plus puissant que se défendre ou s’accrocher.  »

— ECKHART TOLLE

Le matin, je commence par ma séance de yoga. En parallèle, des vidéos, je commence aussi à pratiquer sans être guidée, un peu chaque jour afin de m’y habituer et d’apprendre. L’idée de pratiquer seule, sans guide m’a parue de prime abord assez effrayante puis, une fois sur mon tapis. Je me rends compte que simplement en m’accordant l’opportunité de me faire confiance, j’en suis capable. Je sais les mouvements et les enchaînements mieux que je ne le penses. C’est une agréable découverte qui me conforte dans mon choix. Au fond de moi, j’ai le souhait secret (plus si secret désormais) de continuer une pratique quotidienne aussi longtemps que je le pourrais.

Après ce moment de bien-être, j’ai prévu de passer la matinée en cuisine avec ma famille. Nous allons réaliser des raviolis maisons. Au début, l’atelier est un peu brouillon. Le temps que nous trouvions nos places respectives et doucement, une petite usine se met en place. Nos mains s’affairent à plein régime. Dans la cuisine, il règne une ambiance bonne enfant mais productive. Entre deux façonnages de raviolis, une bataille de farine s’invite. C’est un moment léger qui me fait oublier les contraintes de l’activité. Je ressens que la force et la dextérité que j’utilise s’amenuisent rapidement. Je tente de faire bonne figure mais en réalité, à l’intérieur, les sensations sont de plus en plus désagréables. Je tiens le coup jusqu’au moment de la délivrance, passer à table. Ensemble, nous savourons ce plat dans lequel, nous avons glissé beaucoup d’amour.

En début d’après-midi, je rentre chez moi. Je me sens simplement heureuse mais épuisée. Je vais m’allonger car j’ai l’impression que je pourrais dormir. Malheureusement, il n’en est rien. Malgré tout le sable que j’ai dans les yeux, les paupières n’arrivent pas à se fermer définitivement. La fatigue m’angoisse. Je suis heureuse d’avoir pu passer cette belle matinée mais j’avoue qu’aujourd’hui, ça m’ennuie de ne pouvoir profiter que d’une demie journée de vie. J’aurais aimé que mes limites soient plus grandes. Il y a aussi les restes de la veille avec l’appréhension de faire de mauvais choix concernant ma santé. Je n’aime pas décider de choses si importantes. Comment savoir ce qui sera bon pour moi? Personne ne le sait. Je dois continuer de digérer avant de prendre ma décision finale. J’ai besoin de recule. Et je crois qu’au fond, malgré toute la positivité dont je sais faire preuve au quotidien et fasse aux situation difficiles, j’ai parfois le droit de me laisser me morfondre. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de moins fort que d’habitude. J’ai simplement besoin de temps pour encaisser, comme tout le monde finalement. Ça ira mieux demain.

Je passe donc l’après-midi, sous le duvet épais. Demie consciente.

En fin de journée, je tente de me motiver pour écrire. Hier, c’était difficile et j’ai à peine noté mes idées.

Je m’aperçois qu’aujourd’hui, ce n’est pas mieux alors je lâche prise. Je m’accorde la possibilité d’être ce que je suis. Je ne suis pas bien. Je suis malade et ça fait parti de mon quotidien. J’admets que j’aurais aimé un peu de répit car lorsque les crises s’enchaînent, la crainte qu’elles ne s’arrêtent jamais s’ajoute. Alors, je lâche prise. Je laisse tomber l’idée d’être bien, de devoir produire quoi que ce soit, je laisse mon esprit aller à toutes les pensées, sans filtre. J’accepte cette situation, car je ne peux rien y changer. Et ainsi, c’est le mieux que je puisse faire pour avancer. Je laisse le poids de tout cet inconfort prendre la place dont il a besoin, pour mieux m’en décharger par la suite.

Ce soir, je suis sur pause et ce n’est pas grave.

Jour 67 – Piqûre de rappel

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Comme tous les matins, sitôt debout, je me dirige vers le tapis de yoga.

Ce matin, la séance a un goût particulier. J’ai énormément de mal à calmer le vacarme interne. Je bouillonne et tente de faire avec. Je me sens stressée par la journée à venir, en particulier le rendez-vous que j’ai dans peu de temps. Alors, ma respiration m’échappe. Me focaliser sur mon corps, comme je le fais chaque jour est presque impossible. Malgré tout, je ne suis pas tentée d’abandonner. Je sais que c’est un apprentissage et que ma pratique n’est jamais la même. La séance idéale de yoga n’existe pas et surtout, dans les difficultés, il y a tout de même du bon à en tirer. À la fin de celle-ci, je me sens tout de même mieux que lorsqu’elle a débuté.

Après la séance je me prépare et sort.

Aujourd’hui, j’ai un rendez vous plutôt important concernant l’une de mes maladies, la plus handicapante d’entre elle. Nous faisons le bilan et un nouveau traitement de fond m’est proposé. Il ne va pas me guérir, car c’est impossible mais peut-être, je pourrais gagner en confort de vie. Bien évidemment, comme tous traitement, il y a des effets secondaires. Les prises de sangs sont faites et je sors du cabinet avec milles questions.

J’ai besoin d’être rassurée. Ce n’est pas nouveau pour moi d’être malade, je ne viens pas d’avoir le diagnostique, mais d’avoir un rappel aussi concret que celui-ci, me remet face à ma propre réalité. Devoir prendre une décision avec autant d’impact potentiellement négatif pour peut-être ne rien ressentir de positif, c’est angoissant. De plus, je suis jeune et j’en ai pour toute ma vie avec les traitements, je ne suis pas sûre de vouloir gaspiller une cartouche si vite. Et d’un autre côté, si il fonctionne sur moi, j’admets que je ne dirais pas non à gagner en qualité de vie. En plus, cela veut dire que le traitement actuel ne donne pas d’effet et c’est un échec dont je ne suis pas responsable mais c’est un échec. C’est compliqué. J’ai besoin de digérer.

Instinctivement, je me dirige vers la maison familiale. Passer un peu de temps avec mes proches, c’est tout ce dont j’ai besoin. Rien que de voir leurs visages m’apporte du réconfort. Encore une fois, ils m’enveloppent d’amour et de soutien et je ne peux qu’être reconnaissante de les avoir. Je n’imagine pas comment je pourrais affronter tout ça, sans eux.

Après le repas, je me lance dans mes projets de couture. Et je laisse défiler le temps indéfiniment. J’ai besoin d’être distraite et de fuir un peu cette réalité peu réjouissante. Je ne broie pas spécialement du noir mais je sens qu’une instabilité émotionnelle est présente. Et je pense que c’est normal. Elle m’enlace et je me laisse faire. Je sais que ça fait parti du processus.

En fin de journée, j’ai besoin d’étirer ce corps qu’est le mien. Je me suis beaucoup crispée. Je passe rapidement par mon tapis de yoga et une fois que j’ai terminé, je me mets à écrire.

Étrangement, je n’ai pas les mots. Comme si je voulais fuir la confrontation. Et puis, comme j’ai cousu toute l’après-midi, mes mains sont usées. Je griffonne mes idées et abandonne d’y mettre la forme.

Pour m’endormir, je me réfugie dans la lecture. Elle me permet de ne pas trop ruminer et de sombrer dans le sommeil avec la certitude qu’au font, tout va bien.

Jour 66 – La forêt magique

Lorsque la sonnerie du réveil vient me chercher, je suis déjà éveillée. Je profite encore quelques instants de la chaleur enveloppante du lit et finis par me lever. D’un pas léger, je me dirige vers mon tapis de yoga. Avant de commencer la pratique, j’observe avec joie qu’il a neigé cette nuit. La ville est tapissée de blanc. J’enclenche la séquence et me mets en mouvement. J’analyse les sensations, je me sens forte. Ma respiration devient plus profonde et je cherche dans mes gestes, une certaine justesse. Cette manière de commencer la journée me permet de réellement prendre conscience de mon corps et de son pouvoir. C’est confiante que je quitte mon tapis.

Après le petit déjeuner, j’attaque la partie administrative de mes obligations. Plus vite c’est fait, plus vite je fais autre chose. Et étonnamment, je balaie ça plus rapidement que je ne l’aurais imaginé.

Ensuite, je décide d’écrire. Assise à mon bureau, une douleur dans le bas du dos se fait de plus en plus insistante. Au départ, je tente de l’ignorer. Puis, je songe à aller marcher car peut-être ça pourra débloquer ce point de tension. Je jette un oeil à travers la fenêtre et m’attarde sur la météo. La neige a repris et l’horizon est brumeux. Par moment, ce sont de gros flocons et à d’autres, presque de la grêle. Je vois les branches de mes plantes vaciller au gré du vent et j’imagine le froid qu’il doit faire. Pour le moment, j’abandonne l’idée de mettre mon nez dehors. Alors pour pouvoir continuer à écrire, je surélève mon bureau et ainsi, j’écris debout. Peu à peu, la tension s’atténue et moi, je peux continuer à profiter de poser les mots.

L’heure du repas me sort de mon texte pour aller préparer à manger. Et puis je passe à table.

L’après-midi, je fais un peu de couture. Je mets la musique et mes doigts s’activent sur le tissus. Je manie l’aiguille et les épingles délicatement et avance ainsi, doucement dans mes projets créatifs. Je suis complètement immergée dans ce moment où mes mains sont occupées et mon esprit est plongé dans un espace sans pensées. Par moment, je fredonne avec la musique. Plus d’une heure s’est écoulée lorsque je lève le nez. À la fenêtre, l’horizon s’est éclairci. Je saisis ma chance. Je prépare un thé, enfile mes bottes de neige et m’enveloppe dans des habits chauds. C’est parti pour l’aventure car j’ai besoin de nature.

Je me dirige vers la forêt la plus proche. A l’orée du bois, je ressens une sorte d’excitation. Le soleil illumine pleinement mon visage tandis que les arbres sont entièrement recouvert de blanc. Tout ça me procure déjà beaucoup de joie.

Le chemin que j’emprunte débute par des escaliers, glacés et enneigés. Chaque pas est un défi à part entière.

Arrivée au sommet, la forêt s’ouvre à moi, comme un cadeau. À cette heure-ci, je suis seule et ce n’est pas pour me déplaire. Il y a une ambiance magique qui se dégage. Le son de la neige qui craquette sous mes pas de velours m’émerveille.

Et le soleil qui tente de m’apercevoir entre les arbres, c’est irréel.

J’évolue dans cette environnement froid, m’arrêtant, ça et là pour observer ce que la nature a à me proposer.

Plus loin, j’atteins un point culminant duquel j’aperçois le lac, timidement. Il est loin mais de son oeil brillant, il m’attire. Je monte sur un tronc enneigé pour mieux pouvoir le contempler. De mon perchoir, j’observe aussi la ville. D’ici, elle paraît calme, en ce milieu d’après-midi. Pourtant, je sais pertinemment qu’elle grouille.

Puis, le froid me surprend et je me remets donc en mouvement. Je profite d’emmagasiner le plus d’air frais possible, comme pour en faire des stocks, près de mes poumons. Et lorsqu’il est temps, je rebrousse chemin. Je repasse sur mes traces et fais mes adieux à ce lieu, si précieux.

C’est avec un sourire permanent que j’arrive à la maison. Je me prépare un thé, pour réchauffer mon corps et vais m’installer confortablement dans le canapé. Naturellement, je saisis mon livre, sentant que c’est le moment propice pour continuer de dévorer ce roman. Et rapidement, je me plonge dans l’histoire. Je reste ainsi jusqu’à ce que le soleil se couche et plus encore.

Après le repas, je savoure encore cette journée. Malgré mes yeux piquants de fatigue ainsi que mon corps, brulant de douleurs, je ne peux m’empêcher d’être particulièrement heureuse et reconnaissante. Sereine, je m’endors.

Jour 65 – Finalement !

Ce matin, j’émerge avec douceur. J’articule mon corps et sort de ce long repos avec légèreté. Je n’ose pas encore sauter de joie mais je sens une différence inexplicable. Est-ce que la dictature que la maladie impose proposerait une trêve? Je ne saurais l’affirmer, mais je sens un sentiment de paix, ne serait-ce que provisoire.

Alors, insouciante, je me dirige vers mon tapis de yoga. Je dévore chaque inspiration, je profite de chaque mouvement et ainsi, je me prépare à vivre cette belle journée. Je suis centrée et impatiente de savoir ce qu’elle va me réserver.

Après la pratique, j’observe pendant quelques instant la météo du jour. Il fait un temps clair et magnifique. Le soleil brille avec un goût d’été, la chaleur en moins. L’invitation du dehors est alléchante mais je préfère refuser pour le moment. J’admets avoir la crainte d’égarer mon énergie si précieuse, comme hier. A la place, je décide de faire un peu de couture.

J’enclenche la musique et m’installe sur la grande table. Mon imagination s’active aussi vite que l’aiguille de la machine. Mes petits doigts s’appliquent à être précis. Et de temps à autres, je ressens des pointes de douleurs, parcourant mes mains. Encore une fois, un légère crainte de déclencher une salve de mal pour la journée. Et je finis par me rassurer. Cette activité vaut le coup et si je dois en souffrir, ce n’est pas grave. Je ne dois pas laisser la peur m’arrêter. Alors pendant plusieurs heures, je réalise de petits ouvrages, le coeur léger et l’esprit distrait.

Il est passé midi lorsque je me dirige vers la cuisine. Je bricole un rapide repas et me sustente. J’ai une idée en tête. Je me suis concertée avec mon enveloppe corporelle et paraît-il que je pourrais envisager une balade. Il n’en faut pas plus pour me motiver. Alors, je mets mon manteau et rejoins le monde extérieur.

Je m’aperçois en chemin que le ciel s’est paré d’un manteau de nuage. Le soleil joue à cache-cache. Ça n’a pas d’importance.

Je vais en direction du lac, comme si j’avais besoin de le voir. J’ai envie d’entendre le son de l’eau et d’en prendre plein la vue. Une fois arrivée, je ne sais où donner du regard. Il y les montagnes que j’aperçois clairement avec leurs sommets enneigés. Elles définissent l’horizon avec grâce et fermeté. L’étendue d’eau est paisible et lorsque je m’approche de la rive, j’aperçois sa clarté. Je m’aventure sur les plages de galets, scrutant chaque caillou comme un trésor. J’admire les courageux canards, passant le temps dans cet eau si froide. Les détails sont infinis. En concentrant mon esprit sur la beauté de cet environnement, je ne sens pas la faiblesse s’installer, au creux de mes genoux. Je ne la sens que sur le chemin du retour.

En arrivant à la maison, je prépare une tisane pour me réchauffer et attrape une mandarine. C’est le moment idéal pour écrire. Je m’installe dans la chambre. En fond, les touches du piano résonne. Et sur mon clavier, les doigts défilent. Je prends ma revanche sur les jours passés. J’apprécie d’être et de vivre.

Le soir, je m’endors en rêvant l’espoir d’avoir encore plus de possibilités demain.