Jour 56 – C’est comme ça

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La journée commence plutôt bien. Je me lève tôt, me dirige vers mon tapis de yoga et pratique. La séance est à ma portée. Je me sens tonique, forte et apaisée. Dès le réveil, se sont des sentiments qui donnent de la confiance pour affronter toutes les épreuves dont le quotidien regorge. Je suis déterminée et j’en ai bien conscience.

Mon programme est le suivant. Je dois me rendre en ville, pour faire quelques courses. Alors, je prépare quelques tartines au beurre, simples. Avec le pain de la veille. Rien que pour ça, je suis heureuse de m’être levée. Ma tisane se termine presque par magie, tellement j’avais soif. Le corps plein d’énergie, c’est ainsi que j’affronte l’extérieur. Mes pas sont sûrs et j’avance vers mon objectifs. La ville grouille. Il y a beaucoup d’informations qui arrivent. Entre les gens qui pressent le pas, qu’il faut éviter, le boucan de la route qui m’empêche de penser. Mais je ne faiblis pas. Une fois arrivée au magasin, je trouve aisément ce dont j’ai besoin. Pendant ce temps, mon carburant s’épuise. Mais ça, je ne le vois pas.

Je paie mes articles et je peux m’estimer chanceuse car pour rentrer chez moi, un proche vient me chercher. Néanmoins, je dois marcher avec mon pactole jusqu’au point de rendez-vous.

Arrivée à la maison, je prends doucement conscience que mon réservoir est percé. Ce n’est pas toujours évident de savoir où se trouve la limite. Elle a tendance à varier de jour en jour. M’étant levée du bon pied, je n’ai pas vu les ressources diminuer, surtout aussi vite. Je tente de ne pas en vouloir à ce corps qui me porte. Je prends le temps d’écouter ce qu’il a me dire. Il m’explique qu’il est fatigué, que c’est finalement pas une si bonne journée que ça pour lui. Je le remercie d’avoir tenu jusqu’au magasin et lui propose de prendre soin de lui. Il ose me montrer ses faiblesses et ses difficultés pour que je puisse m’adapter. Ça ne va pas être simple mais je vais faire mon possible pour lui offrir le confort et le repos qu’il requiert. Nous sommes une équipe, envers et contre tout. Je ne le lâcherais pas.

Il est midi et je dois me nourrir. Je sors un truc rapide, le réchauffe et vais m’installer pour manger. La dernière bouchée avalée, je ressens que les choses se corsent. J’ai envie de dormir. Enfin non, j’ai besoin de dormir. Mon corps a besoin de ne plus bouger. Dans ma tête, c’est contradictoire. Mon corps requiert l’inertie la plus totale pendant que ma tête, elle, a envie de bouger. Je tente d’attraper mon ordinateur pour pouvoir écrire un peu, m’évader.

Ça ne dure pas cinq minutes. C’est un échec. Mon enveloppe me rappelle que je dois aller dans son sens. Oups, je suis têtue, j’avais déjà oublié ou plutôt, je tentais de grappiller quelques minutes de plus. Alors cette fois, j’accepte. J’accepte par contrainte. Mes bras se sont alourdis. Chacun d’entre eux pèsent plus que le poids de mon corps entier. Dans mes jambes, ça tape. Dans ma tête, c’est flou.

Je m’endors.

Le réveil est compliqué, cette fois-ci. J’ai failli oublier, j’ai un rendez-vous de physiothérapie. Je ne me sens pas capable de m’y rendre mais avec l’aide, encore, de mes proches, j’y parviens.

C’est une personne douce qui prend le temps d’écouter ce que je tente de lui expliquer, sur ce que je ressens physiquement. Elle ne remet pas en cause mes douleurs, elle tente de comprendre. Elle va poser ces doigts sur cette enveloppe charnelle et va tenter, de toute sa bienveillance et de son professionnalisme de m’apporter du réconfort physique. Elle me transmet, par la même occasion, son énergie positive. Elle rattache ensemble tous mes morceaux pour que peut-être, la fin de cette journée soit plus supportable. Je l’en remercie et en sortant de chez elle, rien n’est résolu mais j’ai définitivement gagné une batterie éphémère.

En arrivant à la maison, je sais que l’horloge tourne et que bientôt, je serais à nouveau complètement écrasée par le poids de mes douleurs. J’enfile des habits confortables et m’installe dans le canapé, avec à porté de moi, tout ce dont je pourrais avoir besoin ou envie. Je suis prête à passer la tempête, à l’abri.

Lorsque l’orage commence, mes proches sont là pour me soutenir. Ils m’enveloppent dans les couvertures, me font sourire comme ils peuvent. Ils tentent de rendre ce moment plus confortable et de me changer les idées. Je me sens recouverte d’amour et elle me protège. Les douleurs restent physiques et n’arrivent pas à accéder à mon moral. Peut-importe s’il n’est pas agréable de devoir recourir à leur aide, j’accepte. Je lâche prise. J’admets que j’en ai besoin et que m’entêter pour me débrouiller ne fait qu’aggraver la situation. Intérieurement, je me promets de toujours leur renvoyer l’appareil, d’une manière ou d’une autre. Rien que par la gratitude de les avoir, c’est un premier pas de le reconnaître. Je sais qu’ils n’attendent rien, mais je ne peux m’en empêcher. Avec eux, j’oublie tout ce que je ne peux pas faire. Je garde l’espoir d’avoir d’autres opportunités, plus tard.

Ce soir-là, un repas m’est servi. Ce soir-là, je suis accompagnée dans mes faits et gestes. Ce soir-là, c’est un soir comme ça.

Jour 55 – Simple délice

Hier, je me suis couchée avec les poules. Ce matin, je me réveille avec le coq. L’obscurité de la pièce m’englobe. Je commence par bouger les orteils, prudemment. Puis vient le tour de mes doigts et je finis par l’étirement total. J’ai la sensation que l’orage de la veille est enfin terminé. Quel soulagement.

Légère, je me lève. Je sais que j’ai plusieurs obligations et je n’ai pas la possibilité de faire mon yoga tout de suite. Je me promets de trouver un moment dans la matinée.

Je m’habille rapidement et tout aussi vite, je suis à l’extérieur. C’est un jour humide. La neige a cédé sa place à la pluie. Finalement, je n’aurais pas profité du manteau blanc d’il y a deux jours. En observant sa beauté, je savais pertinemment qu’il est du genre à ne pas s’installer. L’éphémérité, c’est aussi ce qui compose son charme. Il ne laisse de trace que dans mon esprit. J’attendrais son retour, patiemment. Dans la rue, je marche rapidement. Une fois ma mission achevée, j’en profite pour passer dans une boulangerie-pâtisserie. C’est le seul endroit dans le coin où je peux me fournir deux-trois choses sympas pour mon palais et qui concorde avec ma santé. Et ça m’évite de devoir passer par la case cuisine, pour une fois. C’est d’autant meilleur de savourer quelque chose de difficile à confectionner, dans ce genre de circonstance. Je repars, avec une baguette au levain, à base de sarrasin et de riz. Elle est encore tiède, je rêve de croquer dedans. Ça me procure un sentiment de normalité alimentaire que je n’ai pas souvent, c’est agréable.

Le bonheur se cache dans les choses simples.

En rentrant, malgré la monté et le feu qui se propage dans mes jambes, je déborde d’une vitalité sans limite. Je liste rapidement ce que j’ai à faire et jongle ma matinée avec brio. Je ne m’arrête pas une seconde.

Peu avant midi, c’est enfin le moment de faire du yoga. J’arrive sur le tapis, complètement mouvementée intérieurement. C’est le moment idéal pour amener le calme. Ça tombe bien car la pratique commence par un temps de respiration les yeux fermés. Première pensée: Vais-je réussir à faire le vide? Et sans que je m’en aperçoives, mon souffle s’encre et commence à émettre le son de l’océan. Je suis complètement dans le moment présent, dans mes sensations et mon esprit est limpide. Je m’autorise quelques variantes ça et là. À la fin de la séance, je suis déçue que ce moment soit déjà terminé. Toutes les bonnes choses ont donc bien une fin.

Ce midi, je me prépare un sandwich avec la baguette fraîche. Je croque avec joie. Ma mâchoire faiblit mais tant pis, je prendrais le temps qu’il faudra pour savourer chaque miette de cette assiette. C’est délicieux.

L’après-midi, j’ai rendez-vous chez une thérapeute. J’ai déjà fait la route plusieurs fois et encore aujourd’hui, je trouve de nouvelles choses que je n’avais encore jamais observé. Il pleut abondamment et le martellement de l’eau créer un rythme sur le pare-brise. J’arrive sur le lieu et la séance se déroule. Elle se termine et je me dirige vers la cage d’escaliers. Une mélodie puissante y règne. Le bâtiment est d’une autre époque mais surtout, il est appondu à un temple religieux. La musique qui s’en dégage me force à marquer un arrêt. Je sens l’énergie de la personne qui joue de l’orgue. Je perçois aussi que ce n’est pas le même genre que durant un office. L’organiste s’amuse et c’est saisissant. Je ne suis pas dans la même pièce que l’instrument pourtant les vibrations viennent jusqu’au centre de mon corps. Je suis réceptive et je savoure ce cadeau inattendu.

Arrivée à la voiture, je suis heureuse de ne pas conduire. Je passe le retour à lutter pour ne pas plonger dans le sommeil. Il m’appelle si fort. Le traitement est aussi épuisant que les pathologies mais il en vaut la peine.

En rentrant, je prends une collation pour me redonner des forces car j’ai très envie d’écrire. Mes premières lignes sont difficiles. Mes mains sont usées et mes yeux ne demandent qu’à être fermés. J’ai l’impression d’avoir du papier de verre à la place de la peau des paupières, me râpant à chaque clignements. Je tente d’aller à l’essentiel. Je sais que je dois absolument me reposer. Les mots s’amoncellent et ma fatigue gagne du terrain. Lentement, je griffonne les mots sans savoir, sans comprendre. Je dois m’arrêter ici. J’ai épuisé le stock pour aujourd’hui.

Jour 53 – Espérer

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Je sors du sommeil avec l’appréhension. Je me suis endormie heureuse mais épuisée et douloureuse. J’ai peur de découvrir ce qu’il m’attend pour la journée. Je tourne sur le côté et me redresse, doucement.

Surprise. Je ne me sens pas aussi mal que je l’espérais. Je me mets debout et mes jambes tiennent le coup. Je les félicite et file vivre mon rituel matinal. Tisane, tapis de yoga et je commence la séance. Aujourd’hui, les postures s’enchaînent rapidement, mon souffle s’accélère et mon corps produit de la chaleur. Ça tire un peu dans mes jambes mais ce n’est pas grave, je tiens bon.

Pendant mon petit-déjeuner, je songe à ce que j’ai envie de faire. Envie de créer, de travailler de mes mains. Je réfléchis et l’idée me vient. Je vais faire un peu de couture. Je vais chercher le tissu, le fil et les aiguilles. Je passe ma matinée à coudre, à la main. C’est apaisant. Par moment, je jette un oeil à travers la vitre. Il fait gris aujourd’hui. J’envisage d’aller prendre l’air, un peu plus tard.

Lorsque je suis satisfaite de ma couture du jour, je range le tout et vais en cuisine. Il est déjà midi et mon ventre réclame son dû. Pendant que mon repas chauffe, la météo change. De minuscules particules flottent dans les airs. Puis, cela s’arrête. Il menace clairement de neiger mais la météo est indécise. Je vais manger, laissant le temps au temps de se décider.

Pendant que j’absorbe mon plat, je m’aperçois que la fourchette devient lourde. Mes bras se sont ankylosés, subitement. Et petit à petit, c’est tou mon corps qui suit le mouvement. Ma mâchoire travaille difficilement. J’arrive avec peine à manger les derniers morceaux. Je pose mon assiette et m’allonge dans le canapé. Mes yeux brûlent et la lumière devient pénible. L’abattement s’installe et je ne peux que le constater. Ce n’est plus le moment de lutter mais d’accorder le repos. Je clos mes paupières.

Plus tard, j’ouvre les paupières, péniblement. Je constate les dégâts. Je ne sais pas comment je vais pouvoir ne serait-ce que lever un doigts. Auparavant, j’aurais cherché les causes de mon état. J’aurais voulu comprendre ce que j’ai fait de faux. Heureusement, depuis, j’apprends que je ne fais rien de faux. Je ne peux m’en vouloir de vivre et d’en profiter au maximum. Parfois ça passe, parfois ça casse. Je n’ai qu’à attendre le prochain tour de manège. Je passe l’après-midi, avec cette sensation écrasante de fatigue pourtant, lorsque je ferme les yeux, je ne dors pas. Je suis coincée dans ce corps ressentant la faiblesse et les douleurs. Par chance, d’où je suis, je peux regarder par la fenêtre.

Dehors, la neige est enfin tombée. Je prends énormément de temps à l’observer. Au fond de moi, j’ai tellement envie d’aller piétiner cet matière grumeleuse et éphémère. La couche se fait de plus en plus épaisse et même quand la nuit tombe, l’horizon est illuminé par le manteau blanc.

Le soir, j’écris un peu, sans trouver de position acceptable. Je vais droit au but. Je lâche prise sur mon état.

Je suis heureuse d’avoir pu coudre. Je tente de ne pas nourrir trop d’espoir pour demain, même si au fond, je l’admets, j’espère avoir la possibilité de fouler la neige.

Jour 52 – La joie

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J’émerge aisément. La chance me sourit. Je me prépare une infusion, ça me tient chaud tout en me réveillant doucement. Puis, je me dirige vers mon tapis de yoga. Je remarque que je ne tiens pas plus longtemps les postures mais qu’elles deviennent tout de même plus confortables. J’ai l’esprit qui divague un peu. Le cerveau est long au démarrage. Je me perds dans le paysage. J’aime faire du yoga, non loin de la baie vitrée. Ainsi, je peux égarer mon regard. Lorsque je dois tenir des postures d’équilibre, je prends toujours la même bâtisse rose tulipe. Je ne saurais expliquer pourquoi. Est-ce les fenêtres quadrillées, aux cadrans blancs, arrondis qui me fascinent? Ou alors, les tuiles marrons de la toiture qui m’attirent? Chaque fois que je la regarde, j’observe un nouveau détail. La séance s’achève avec une grande expiration bruyante. Apaisante.

Je suis prête à entamer ma journée.

J’ai du travail administratif à faire ce matin. Je dresse une liste un peu décourageante. Elle est longue et rien ne me donne envie, forcément. Pourtant, je vais puiser dans l’énergie engrangée ces derniers jours et me motive. J’avoue que je n’ai pas vu le temps passer. J’ai coché les cases plus vite que je ne pensais. C’est une bonne chose de faite.

Je profite de ce moment pour tenter une nouvelle démarche. Je m’écris un e-mail, à la moi dans une année. Je n’ai pas nécessairement besoin de faire le point avec le passage d’une année à l’autre mais je ressens clairement, qu’au niveau de ma vie, je traverse une période floue et déterminante. Alors, je fais l’état des lieux et j’essaie de transcrire au mieux l’état d’esprit dans lequel je suis. Je m’écris des mots doux et encourageants. Je choisis de ne pas mettre de projections vers le futur car je me laisse toutes les possibilités et je ne veux pas créer de déceptions. Je ne relis pas mes mots, afin de ne pas les encrer dans ma mémoire, tant pis pour les fautes. Et je conclus par la programmation de l’envoi, dans une année.

Contente de ma matinée, je file en cuisine me préparer un truc à manger. D’ailleurs, je songe toujours à commencer une rubrique sur le blog, parlant nourriture. Mais je suis indécise et j’ai un peu la flemme, je l’admets. Ça viendra, si ça doit venir.

L’après-midi commence avec de bonnes nouvelles sur le plan personnel. Décidément, le sourire s’installe sur mon visage. Par la suite, je passe plusieurs heures à jouer aux jeux vidéos. C’est léger, ça passe le temps et je m’amuse. C’est tout gagnant.

Quelques heures plus tard, je remarque qu’il fait nuit, dehors. Je m’aperçois que je n’ai ni eu envie ou besoin d’aller prendre l’air. Ça sera pour demain. Néanmoins, j’ai envie de me dépenser. Je mets de la musique et commence à danser. Au début, c’est un peu ridicule car même si je suis à l’abris des regards, je me juge. Je ne sais pas danser, et je ne sais encore moins coordonner mes mouvements. Puis doucement, je me rassure et m’offre la permission de vivre ce moment pour moi. Je cherche les sensations et non la beauté. Je ferme les yeux et me concentre sur le rythme et les mouvements. J’ai de plus en plus envie de sentir mon rythme cardiaque s’accélérer et que mon corps puisse libérer des endorphines. D’ailleurs, souvent, lorsque je me promène, j’observe et envie les coureurs. Ça me manque tellement la course à pieds. Alors je me mets à bouger de plus en plus vite. Mon corps se meut sans cohérence, ni constance. Il crée son propre langage et je rentre en communion interne. Il m’arrive de ressentir des faiblesses dans mes membres inférieurs, il m’arrive d’avoir des décharges. Mais je dépasse encore les limites. Je vis dans la joie de cet instant.

Lorsque je m’arrête, je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. Je ressens la joie d’avoir bouger, de m’être sentie vivre. Je perçois la surprise d’en avoir été capable et d’avoir été portée par mon corps, qui m’a plus d’une fois lâché malgré lui. Je suis émue d’avoir cette opportunité pourtant si simple et banale.

J’évacue les émotions et les contractures avec l’eau chaude de la douche.

Le soir, je me prépare un repas simple et rapide car malheureusement, mon coup de folie amène ses effets douloureux. Je tente de n’y accorder qu’une mince attention. Je m’installe dans le canapé et transcris mes exploits, je ne trouve pas d’autres termes. Mes yeux piquent et mes doigts se bloquent mais je ne veux rien oublier. J’écris. Je dois consolider ce joli moment que je veux revivre encore et encore. Je veux garder en tête que tout est possible.

Je m’endors, le sourire toujours présent sur mes lèvres.

Jour 50

Endormie dans les douleurs, le repos n’a pas eu l’effet escompté. J’émerge, tirée du sommeil abruptement par les crispations de mes muscles. Je me lève péniblement et vais m’installer dans le canapé, histoire de changer de point de vue, d’avoir l’impression de me lever. La vérité, c’est que je suis juste allongée, plus loin. Au fond de moi, j’ai envie de peindre. Ça me démange. Je dois être réaliste, c’est une activité trop ambitieuse pour aujourd’hui. Les rayons du soleil parviennent jusqu’à moi. Ils sont trompeurs. Dehors, le thermomètre est dans le négatif. Malgré tout, ils m’apaisent et me rendent confiante. Je me promets le repos, et me laisse espérer que demain, je pourrais peindre. Dans ma tête, le processus créatif commence déjà. Je ne peux certes commencer la peinture mais je songe déjà aux choix des couleurs, à la technique. Ainsi, j’occupe le temps et fait grandir l’envie. La joie éprouvée ne sera que plus grande.

Après plus de la moitié de la journée au repos, je calcule l’énergie accumulée. Je cherche à rentabiliser au mieux ce qu’il me reste. Aller dehors ne rentre même pas en compte, c’est pas grave. Je décide d’aller en cuisine. Je pourrais à la fois écouter de la musique et créer de bonnes choses. Je ressens bien l’épuisement dans mes jambes mais je décide de faire la sourde oreille, tant que je tiens debout. Je commence par me cuisiner du pain perdu aux herbes et des courgettes. Puis, je m’asseye à peine pour déguster l’assiette. Je suis sur une bonne lancée et je ne veux pas m’arrêter. J’entame une recette de muffins. Je suis un peu indécise alors j’en fais aux framboises et d’autres au chocolat. Pendant qu’ils cuisent, je m’asseye sur le carrelage froid. Je relâche mes muscles.

Finalement, je préfère ceux aux framboises.

Lorsque la cuisson est terminée, j’attaque ma deuxième idée. Je prépare une lasagne maison. J’en fais suffisamment pour pouvoir me garder une part, au congélateur. Pour les jours sans.

Au moment où je dois faire la vaisselle, ça commence à être challengeant. Je me dépêche de terminer le tout et pense à la récompense.

Le yoga. J’arrive sur mon tapis et enclenche la vidéo. J’ai gardé spécialement cette séance pour le soir car elle s’annonce plus calme. Et je vis une expérience différente. Je me suis tellement pressée de finir en cuisine, car je n’en pouvais plus, qu’à l’intérieur, ça grouille encore. J’ai du mal à discipliner ma respiration. Je ne contrôle rien. Par moment, je n’entends même plus ce qu’Adriene dit car je suis complètement perdue dans mes pensées. Alors je jongle entre les postures, mes pensées envahissantes et la respiration indomptable. C’est une séance douce et pourtant, le chaos se déchaîne. J’en viens à me dire que je n’en tirerais aucun bénéfice et que je ferais mieux d’arrêter là. Mais heureusement, instinctivement je continue. J’arrive au bout de la pratique, sans m’en apercevoir. Finalement, j’ai persévéré et réussi à me centrer. Comme quoi, l’importance n’est pas dans le fait d’avoir une pratique idéale en tout temps mais plutôt d’accepter l’imperfection et que de celle-ci, le positif peut toujours jaillir.

Le minuteur sonne, juste à temps. C’est l’heure de déguster mon plat. Je remplis mon estomac et me sens au fur et à mesure, accomplie.

En ce début de soirée, je me sens fatiguée. C’est de la bonne fatigue, j’en suis heureuse. J’admets qu’à cet instant, j’ai très peu envie d’écrire. Pourtant, c’est mon rendez-vous quotidien. Je sais que j’aime faire ça et que j’en retire des bénéfices. Mais j’ai pas envie. C’est bête, pour une fois que je n’ai pas mal aux mains. Alors, je décide de me forcer un peu. C’est comme pour le yoga, même si je sais que je ne vais rien produire d’incroyable, ce n’est pas là l’important. Le processus est plus riche que le résultat. Je peine donc à me plonger entre les mots. Et sans que je m’en aperçoive, la magie opère. La bulle se forme, opaque et confortable. Le texte s’épaissit.

Au point final, je me sens légitime pour aller me coucher, enrichie de mes nouveaux apprentissages.

Jour 49

Je ne peux m’en passer, jour après jour.

Lorsque j’ouvre les paupières, le soleil brille déjà. Il fait un pied de nez à l’hiver et impose sa douceur. Je m’installe sur le tapis de yoga, encore en pyjama.

Ce matin, je ressens les sessions des jours précédents, dans la fatigue de mes muscles. Mais ce n’est rien comparé à la confiance grandissante qui s’installe. Je n’ai plus l’appréhension du début. J’affronte mes difficultés avec indulgence et calme. Je les accueille sereinement. Je me transforme et je ne parle pas de mon physique. Ça vient de l’intérieur, les fondations sont solidement posées. La séance est revigorante et la voix d’Adriene est toujours aussi rassurante. Par moment, je me permets d’improviser et de trouver ce qui me fait du bien. C’est son Mojo. J’inspire et m’en inspire.

Puis, je file à la douche. Je décide de me laisser une heure de soins, dignes du spa. Je me concocte un masque pour les cheveux, un autre pour le visage. Par moment, je fredonne, je sourie. Je masse mes mains, mes pieds. Je soigne chaque centimètre de mon corps. Du sommet de mon crâne à mes orteils. En sortant de la salle de bain, je suis nouvelle. Ça fait un bien fou.

Puis, je me mets à écrire et je me sens prolifique. Je rattrape mes pensées passées et les retranscris. J’apprécie toujours ce moment introspectif où je passe en revue ce que je viens de vivre. J’ai l’opportunité de mesurer une seconde fois la chance que j’ai. C’est simplement enrichissant. J’encre de la pensée que le bonheur est à portée de main, à chaque instant.

L’après-midi, quelques rendez-vous et je passe beaucoup de temps debout. Mes jambes s’usent, doucement.

Le hasard fait que je suis au même endroit qu’hier, au bord du lac. Cette fois, je ne peux rester longtemps. Je profite des caresses ensoleillées et du ciel bleu. Il est encore plus dégagé. Les mouettes virevoltent au-dessus de ma tête, insouciantes. La couleur de l’eau est différente mais toujours froide et envoûtante. Les vagues se sont apaisées. Je vole ces quelques minutes et remplis un peu plus mon réservoir d’énergie.

Le soir, c’est le revirement de situation. Inévitable. La légèreté et l’insouciance laissent place aux douleurs. Lourdes de conséquences. Aucune position n’est confortable. La nuit s’annonce longue et tumultueuse. J’entoure mon corps de coussins, j’offre le plus de confort que je peux. Je regarde un film. Je ne ressens pas le sommeil tellement l’inconfort est grand. J’attends Morphée, patiemment. J’entame un second film. Puis j’entends au loin, des pas. Je vais m’installer dans mon lit et aussitôt que la couverture me recouvre, Morphée vient m’entourer de ses bras. Tout ne se passe jamais comme prévu et cette nuit est tumultueuse, car je me réveille à de multiples reprises. Pour passer le temps, je visualise de bons souvenirs. Je sais pertinemment qu’il faut simplement temporiser. Le soleil finit toujours par se lever.

Dans la nuit, les souvenirs sont ma lueur d’espoir. Ils m’empêche d’oublier que la vie est belle.

Jour 48

Ce matin, réveil douloureux. J’entends les douleurs mais je ne veux pas les croire. Je ne veux pas entendre ce qu’elles disent. Elle murmurent que la journée commence mal. Elle insuffle une difficulté supplémentaire. Je dois réunir toute la motivation du monde pour me tirer du lit. Me voilà debout.

Je rejoins la voix d’Adriene, sur mon tapis de yoga. J’ai pris goût à la séance en pyjama. Je peux garder la sensation d’être encore entrain de dormir. La séance travaille énormément les abdominaux. Les miens sont loins d’être en béton mais comparés aux exercices me demandant d’être debout, j’éprouve moins de difficultés. Ou surtout, beaucoup moins de douleurs dans cette zone. Enfaite, lors des autres séances, il faut que je distingue la difficulté normale et la combinaison douleurs/difficultés. En effet, j’ai à la fois mal et à la fois, moins de facilité qu’avant. En tout cas, de ne pas faire de posture douloureuse me rend confiante. Et toutes ces respirations prises consciemment font définitivement taire la petite voix sournoise que j’avais dans la tête, lors de mon réveil.

Je me rends à un rendez-vous médical. En sortant, le soleil dépose un bisou sur mon front. Il fait beau. Le ciel est bleu, il ne manquerait plus que les oiseaux chantent. La température de l’hiver se bat avec le soleil pour rester négative. Cet environnement m’invite clairement à en profiter. Je me sens fatiguée. Je sens mes membres sans énérgie mais je ne suis pas très loin du lac. Par un soleil pareil, c’est cruel. Je tergiverse quelques minutes. Aller me reposer ou regrouper mon énergie et prendre plus d’air. Seconde option pour moi. J’en ai réellement envie. Je ne veux plus frustrer mon esprit. Malgré le froid, c’est comme si je rattrapais tous les mois où je ne pouvais plus bouger un doigt. Le soleil, l’air, le vent, les odeurs, et tant d’autres, autant d’éléments qui m’ont manqués.

Arrivée au bord du lac, je suis éblouie. C’est merveilleux. La promenade est presque désertique. Quelques enfants jouent, nourrissent les canards. Quelques badauds font comme moi, ils déambulent. Vers les quais, l’eau semble calme, le vent est muet. Il fait glacial, réellement. Mais les rayons jaunes me réchauffe le visage, l’âme. Plus loin, l’ambiance est différente. Je vois la réelle nature de l’eau. Il y a des vagues dignes de la mer. Aucun bateau ne navigue pourtant, c’est l’oeuvre du vent. L’eau gesticule, fait de grands mouvements. Ça crée un rythme apaisant. Les vagues se jettent à corps perdu sur les rochers, donnant le tempo. Et le vent souffle sur moi, à m’en faire perdre les doigts. Je suis émerveillée par tous ces détails. Il y a tellement de belles choses à percevoir, ressentir et observer. C’est une infinie ressource. Je m’installe sur le rebord en pierre. C’est froid sous mes fesses mais mon coeur est chaud. Je suis au centre de ce magistral spectacle. Je n’ai pas de mots. Je ressens des vibrations lorsque les vagues frappent les rochers. Les gouttelettes volent et scintillent dans les airs. Le reflets sont si puissants que j’en plisse les yeux. Par moment, le vent me contraint à clore mes paupière pour éviter aux larmes de tomber. Je reste là. J’écoute cette musique saisissante. Je suis aveuglée. Je ne me lasse jamais du lac. Je ne saurais pas l’expliquer. A toutes les saisons, il sait m’épater et m’apporter ce dont j’ai besoin. Je suis reconnaissante d’avoir ce point énergétique si puissant, prêt à me porter dans les épreuves de la vie. Je ne pense à rien. Je laisse l’eau nettoyer mon esprit.

Pssst! Le son de l’eau est disponible ici.

L’inévitable arrive, je rentre.

Je me prépare un repas et je ne le sais pas encore, mais c’est la dernière activité que je fais aujourd’hui. Lorsque mon ventre est satisfait, je m’aperçois que mes membres sont devenus lourds. Sur mes épaules, un poids envahissant se pose. J’ai de plus en plus de mal à comprendre ce qui m’entoure. Le temps passe ou plutôt, je le laisse passer. Chaque geste devient un véritable effort. Allongée, même me retourner me coûte. Je fonds dans la lourdeur de l’inaction. J’attends. La nuit tombe et avec elle, je perds du terrain. Je navigue en plein brouillard, ne trouvant plus comment associer mes pensées aux mots. Je ne sais plus utiliser la parole. Je bégaye. Je ressens l’épuisement, les douleurs et doucement, la faim. Je n’ai pas la force de cuisiner, je n’ai pas le choix de décider quoi manger. Je ne sais plus. Je prends de longues minutes pour arriver dans la cuisine. Réussir à me baisser pour prendre un repas dans le congélateur. Je remercie mon moi du passé d’avoir congelé des plats, tout prêts, en prévoyance des jours compliqués. Ainsi, je continue mon engagement de bien me nourrir.

Mon état d’esprit est paisible, je patiente que l’orage passe. J’accepte le sort et attend mon tour, pour revivre. Je regarde dans mon téléphone, les images prises plus tôt. Beaucoup de reconnaissance d’avoir vécu ces moments riches. Puis je tente d’écrire. Vu mon état, c’est comique. Je décide de noter quelques mots clés et me promets de faire le reste demain, de rendre honneur à cette belle journée qui s’achève.

Jour 47

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En me levant, j’ai le sentiment d’avance que la journée va être bien remplie. J’ai mis mon réveil avec un peu d’avance afin de pouvoir prioriser ma séance de yoga. J’avoue que j’ai même la flemme d’aller me changer. Je reste dans mon pyjama, encore tiède. Mon tapis est froid et pendant une demie seconde, je me demande vraiment ce que je fais là. J’aurais pu dormir. Heureusement, la voix d’Adriene me ramène à la raison. La vingtaine de minutes passe drôlement vite. Comme si le temps s’était mis à courir, pendant que j’étais plongée dans ma bulle.

Après cela, un petit déjeuné dans l’estomac et je file chez le médecin, encore. Dans ma vie actuelle, c’est devenu une situation récurrente. Carrément monotone. Je n’aurais jamais pu deviner, il y a deux ans, que j’y passerais autant de temps. Ce rendez-vous prend une partie considérable de l’énergie du jour. Dès midi, je baille sans arrêt. Mes épaules s’alourdissent et mes pas deviennent défectueux. Et doucement, un nuage d’incompréhension m’envahit. Je dois aller me coucher. J’avais pourtant d’autres projets mais la contrainte est posée. Je ne peux rien faire d’autre. Je rejoins mon matelas, m’enroule dans la couverture et regarde le temps passer. Par moment, je ne suis plus réellement là. Quelques heures plus tard, je me lève et l’impression que le repos n’a rien changé me parvient. Ma tête et mon corps sont au ralentis.

Je repense à ce matin et j’éprouve de la joie d’avoir pris le temps pour mon yoga. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais dû abandonner, vu mon état. Je réalise combien il est important de mettre en priorité ce qui me tient à coeur. Trouver l’équilibre entre mes obligations et mon bonheur. La maladie est imprévisible et je ne sais donc jamais lorsque le coup de massue sera plus fort que moi.

La fin de la journée s’achève ainsi, des pensées de gratitude en tête. Je ne saurais pourquoi mais je pense aux diverses choses qui constituent ma vie. Je suis paisible

Jour 46

Cette nuit, j’ai cauchemardé. Je me suis fait une théorie à ce propos. Je constate que bien souvent, en me réveillant d’un mauvais rêve, je suis criblée de douleurs. J’ai l’impression que dans mon sommeil, mon corps perçoit ses sensations négatives et qu’il tente de m’en faire prendre conscience en me réveillant, par le biais d’un cauchemar. Comme ça, je peux me lever et tenter de faire quelque chose pour soulager le mal. C’est ainsi que j’explique les mauvais rêves douloureux. C’est sûrement plus simple d’encaisser cet épisode désagréable avec cette explication.

Pendant que je songe à ma petite théorie farfelue, je prépare mon petit-déjeuner.

Je réserve ma séance de yoga à plus tard et m’attaque à la lessive. Entre deux machines, j’avance les choses qui doivent être faites. La simplicité du quotidien m’accompagne et nous avançons jusqu’au douze coups de midi.

Je décide de me récompenser pour tout ce que j’ai déjà accompli aujourd’hui, par le yoga. Après la nuit que j’ai passé, j’accueille ce moment avec bonheur. La séance ne me pose pas de difficultés et c’est suffisamment agréable pour le noter. Ma lente respiration est bénéfique. Ce moment est la parenthèse dont j’avais besoin. Elle me fait sentir réellement là, bien dans mes chaussettes.

Après le repas, je décide de préparer du pain pour ce soir. J’enclenche la musique et c’est aussi l’occasion de profiter d’une des choses que je préfère. Je peux chanter. J’apprécie ce genre de moment où mes mains sont occupées, ma voix résonne dans la cuisine et mon esprit se sent libre. Je n’ai pas la prétention d’avoir un quelconque talent. Tout ce que je recherche, c’est les notes qui me font vibrer de joie. De plus, allier ma passion pour la cuisine et la musique en un seul et même moment, c’est doublement gagnant. Il n’en faut pas plus pour dessiner un large sourire sur mes lèvres.

Pssst! Voici mes petits pains. Ils sont à la farine d’épeautre. Miam.

Lors que je sors de ma cuisine, j’ai une idée en tête. J’aimerais aller acheter un nouvel aliment, du souchet. Alors, je pars à la recherche de celui-ci. Entre deux boutiques, l’air est glacial. Je regrette de ne pas avoir pris d’écharpe. Je cache mes mains dans mes poches et j’avance, mon objectif en tête. Je suis tellement focalisée sur ma mission, que j’observe très peu ce qui m’entoure. Et mes efforts paient. Après plusieurs magasins, je finis par trouver. Je m’empresse de rentrer car j’ai une petite idée de ce qui va composer mon goûter!

En arrivant, je me lave rapidement les mains et saute sur le paquet que je viens d’acquérir. Je prends une petite noix entre mes doigts et la glisse dans ma bouche. C’est croquant et un goût entre la noisette et la châtaigne se dévoile. J’en reprends une. Je mâche. Quel plaisir. Mon sourire s’élargit. Je n’ai pas mangé de fruits à coques depuis bien longtemps et ce croquant me manquait terriblement. Je suis ravie d’avoir trouver un nouvel aliment à ajouter à mon panel. Ça m’encourage d’autant plus à cuisiner. J’ai envie de tester plein de recette avec le souchet. Je le conseille aux curieux.

Le soir venu, je m’installe confortablement pour écrire. Aujourd’hui, c’est plus simple. Les mots apparaissent, prêts à être transcrits. Mes idées sont claires et je sens dans la rapidité de mes doigts, que je dois ralentir si je ne veux pas provoquer la douleur. Je suis tellement heureuse de pouvoir écrire chaque jour, des bienfaits que cela m’apporte que je n’imagine plus ma vie sans. Alors je veux bien ralentir la cadence, si cela me permet de tenir sur la durée. J’achève de compléter mes pensées et vais me coucher. Le coeur léger.

Jour 45

La nuit a porté ces fruits. Je me lève et me dirige machinalement vers la bouilloire. Je prépare une tisane et me rends sur mon tapis de yoga. La séance ancre en moi, les motivations qui me poussent à pratiquer. Je rencontre encore des difficultés. Mes membres vibrent puissamment. Plus d’une fois, je marque un temps de pause et reprend la pose. Je m’acharne. Constater tout ce que j’ai perdu, en termes de capacité, aujourd’hui, ça a le don de me pousser davantage. Plutôt que de m’attrister, ça me met en rage. J’ai clairement envie d’en découdre et de secouer mon avenir. Je veux gagner en possibilités.

Je sors de cette pratique éveillée et prête à attaquer la journée.

Mon planning de yoga. Je me réjouis de pouvoir inscrire au fur et a mesure un petit coeur.

Je passe énormément de temps sur du travail administratif. Les minutes défilent et l’heure se complète. Il est déjà l’heure de manger. Heureusement, il y a des restes de la veille. Je mange et repense à ma récente prise de conscience à ce propos. Là aussi, je profite d’encrer ce souhait d’être plus régulière.

L’après-midi, le travail s’enchaîne, entrecoupé d’un rendez-vous médical.

Il est dix-huit heure sur ma montre. Mes jambes semblent usées, pourtant, j’ai très envie de bouger. J’ai envie de me dépenser. Foutu pour foutu, j’enclenche la musique et me mets à danser. J’ai besoin de sentir mon corps de l’intérieur. Par moment, je ne peux m’empêcher de faire des mouvements qui ravivent mes douleurs. Je suis capable de les faire, la douleur n’a aucune valeur. Je ne veux pas lui laisser cette place précieuse. Je ne veux pas l’entendre, alors l’espace d’une dizaine de musique, elle est muette. Je tente de me persuader et d’imprimer dans mon cerveau, des chemins où la douleur ne laisse pas d’empreinte négative. Ce moment léger m’apporte une bouffée de bonheur. Je savoure.

Après le repas, j’ai envie d’écrire. Je n’en ai pas encore eu l’opportunité. Au moment où mes doigts se posent sur le clavier, les décharges du côté droit débarquent. Pendant une seconde, je suis agacée. Forcément, maintenant que je me suis assise, que mes jambes peuvent se reposer, ce sont les mains qui prennent le relais. Quelle blague! Mon corps a envie de jouer avec mes nerfs. Il n’a pas compris un truc. Aujourd’hui, je suis aussi d’humeur joueuse et s’il veut voir qui est le plus fort, il va vite déchanter. Je vais chercher un pack de glace, et le pose au point culminant. J’articule mes doigts sur les touches et durant les premières minutes, c’est une vraie bataille. Ça me fait mal mais bon sang, j’ai profondément envie d’écrire. Et je n’ai pas dit mon dernier mot (humour, parce qu’il en faut). Alors je prends les signaux de détresse et au fur et à mesure que les mots s’amassent, je les rends plus discrets.

Plusieurs émotions me viennent lorsque je vais me coucher. Je récapitule ma journée et apprécie de n’avoir rien lâcher. Je suis fière. Cependant, je sais pertinemment que certains jours, je serais contrainte d’en faire moins. Je sais que ces jours-là, il faudra accepter que je ne peux pas gagner toutes les batailles. Mais ce que je réalise d’autant plus c’est à quel point je dois savourer d’avoir remporté cette armistice.