Jour 17

Ce matin, j’ouvre les yeux avec un léger pressentiment. Un goût d’inconnu s’installe. C’est le premier jour de la semaine et je n’ai plus d’obligations professionnelles. Je suis déphasée. Je tente de me persuader que c’est la machine qui est lente à mettre en route et prends mon petit-déjeuner, sans trop y réflechir.

Par la suite, je m’installe à mon bureau. Je dois préparer mon avenir. Cette réflexion a déjà commencé et je dois continuer à concrétiser mon futur. Pourtant, ça ne fonctionne pas. Mes pensées se bousculent et jouent au flipper dans ma boite crânienne. C’est autant des affirmations que des questionnements, dans le désordre le plus total.

J’ai du mal à me canaliser. Doucement, je remets en question l’entièreté du projet que j’avais en tête jusqu’ici. Je déconstruis chacune des idées. Au final, je me retrouve avec un tas de cendres et le désespoir me fait signe.

Je reste plusieurs heures devant mon écran sans rien réussir à établir. A chaque minute qui passe, je perds un peu plus mes moyens. Je finis par être complètement abattue, sur cette chaise. Immobile mais l’horloge, elle, tourne encore. Je ressens le temps ajoutant au passage son angoisse. Je dois me décider. Je ne peux pas passer une année dans cette position.

Passage à vide. Pendant un amas d’heures indéfinissables. C’est lent. C’est long. Je ne peux rien y faire. Il n’existe pas de bouton magique qui me permette de passer à l’étape suivante.

Je ne me souviens pas à quel moment j’ai réussi à me sortir de ce tourbillon. Néanmoins, je me retrouve à l’air frais.

Une pulsion de vie, comme une bouée de sauvetage.

Je comprends que je ne dois pas m’acharner à concrétiser quoi que se soit aujourd’hui. Mon unique tâche est l’acception de cette humeur désastreuse et maussade. Sur ce chemin de la validation de mes ressentis, parfois, une boule se loge dans ma gorge. Parfois, elle force et les perles de sel parcourent mes joues. Dans le silence.

Heureusement, au fur-et-à-mesure de mes pas, le brouillard s’atténue. L’horizon est beau. Le paysage est le même qu’à mon habitude pourtant, il y a encore de quoi s’émerveiller. Il vide mon esprit. Les arbres se tiennent fièrement debout. Les couleurs m’insufflent de l’espoir tandis que les mouettes me partagent leur insouciance. Je recharge mes batteries.

Accepter d’être triste et désemparée, je peux le faire. Cependant, mon engagement me revient en mémoire. Je ne souhaite plus admirer les drames et me laisser envahir. Je dois passer à l’action, malgré tout. Je suis capable d’être debout en pleine tempête, tel que les arbres savent le faire contre les caprices de la nature.

Je rentre avec mon humeur mitigée et mon envie de ne pas lâcher. En l’espace d’une heure, j’accomplis tout un tas de choses afin de vite me retrouver sur mon tapis. La pratique du yoga me rassure. Dans l’espace de ce rectangle, le temps est suspendu. Mes aigreurs sont effacées. Je savoure. Je me sens épuisée mais recentrée.

Je m’alourdis dans le sommeil en pensant. Je songe. Ces prochaines semaines m’amèneront à faire des choix difficiles et je ne peux les éviter. Au delà de ça, j’ai l’emprise sur la manière dont je veux vivre mes prises de positions. Mal vivre mes décisions ne changera en rien les événements. Il ne me reste plus qu’à bi…