Jour 87 – Des petits pas vers le bonheur

Sur mon balcon, une légère couche de neige persévère de la dernière tombée. L’émerveillement me gagne, lorsque j’aperçois les empreintes, sûrement celles d’un pigeon se promenant par-là.

Ce matin, le réveil sonne. Je me lève avec une paresse à rallonge et me recouche. Je regarde le temps et calcule combien je pourrais grappiller, pour rester le plus longtemps dans mon lit. J’étire et allonge chaque minute jusqu’au moment fatidique où il faut s’y mettre. Alors, avec lourdeur, je m’habille, me prépare, avale un petit truc et sors. La température glaciale des jours passés laisse enfin place à quelques degrés de plus. Je sens tout de suite la différence.

Ce matin, j’ai un rendez-vous médical.

En sortant du cabinet, je profite d’attraper cette magnifique vue.

Le rendez-vous m’a fatigué, j’ai besoin de me reposer. Alors, je prends le temps, encore.

Par la suite, je me motive à étudier le solfège. J’ai l’impression de faire des progrès chaque jours. Je termine par faire courir mes doigts sur le piano, en mélodie. Mon humeur studieuse me pousse a ranger ce qui à besoin de l’être, faire quelques paperasses puis, en récompense, je continue le jeu entamé la veille. L’enquête est vraiment passionnante, j’ai l’impression d’être dans la peau d’une enquêtrice au coeur d’un grand mystère.

Après le repas du soir, je regarde la flamme, une série complètement décalée et délirante. Les éclats de rires raisonnent dans l’obscurité du salon. Une journée s’achève, dans le bonheur, une fois de plus.

Jour 69 – La revanche

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Je me lève, à l’aube d’un nouveau jour et toutes les possibilités qui vont avec. La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que j’ai besoin de me mouvoir, de prendre de l’air frais. Je ne saurais expliquer ce besoin, en sortant du lit. Alors sans chercher à comprendre, je m’habille et vais fouler le bitume. Il est tôt, le jour se lève à peine et dans la rue, les gens s’activent. En faisant le tour du quartier, j’observe toutes ces personnes qui s’empressent d’aller au travail, d’amener leurs enfants à l’école et ainsi de suite. Je savoure cette chance qui m’est donnée de pouvoir vivre auprès de mes besoins et de mes envies.

Je rentre chez moi, légère et prête à consommer mon énergie. Je commence par aller m’installer sur le tapis de yoga. Les pieds bien encrés dans le sol, je fais le vide et regarde en face de moi. Il fait plus clair désormais, par la fenêtre. Une épaisse brume maquille la vue. J’entame mes salutations au soleil, pensant peut-être pouvoir changer cette météo grisâtre. Puis, une fois satisfaite, j’enchaîne avec la séance d’Adriene. C’est une session pleine de douceur.

Aujourd’hui, j’aimerais énormément pouvoir remettre au clair mes écrits des jours passés. Et ainsi, je passe une bonne partie de la matinée à écrire. Je crois pouvoir dire que le chamboulement vécu cette semaine commence à se tasser. Je suis plus sereine avec cet idée de prendre un nouveau traitement, voulant faire ce qu’il y a de mieux pour moi ou en tout cas, essayer. Et l’heure tourne tellement vite pendant que mon esprit est occupé que je m’aperçois au dernier moment, que j’ai une séance avec ma thérapeute. J’enfile mes chaussures et m’y rends le plus rapidement que je le peux.

J’arrive juste à l’heure. La séance se déroule sans encombre.

En rentrant, mon estomac se fait entendre. J’ouvre mon frigo, sans grande inspiration. Je songe à un plat, puis un autre. Je ne suis pas très convaincue jusqu’au moment où me vient une idée alléchante et rapide (en plus!).

Je mange puis, cela fait plusieurs jours que j’aimerais changer un espace de rangement que j’ai dans mon salon. Me sentant pleine d’énergie, j’attaque en suivant mon plan initial. Je sors les tournevis et bricole mon intérieur avec ferveur. Par moment, je me trouve en difficultés et je suis tentée d’abandonner. Je me maudis d’avoir eu cette ambition. Puis, je prends de grandes inspirations et avec les expirations, j’expulse les pensées négatives. Doucement, je parviens à trouver des solutions aux problèmes se présentant. Je suis fière de moi. J’accomplis toutes les petites choses que je délaissais mais qui méritaient d’être faites. Comme pour prendre ma revanche sur les jours précédents, j’en fais le plus possible. En fin de journée, lorsque mon salon ressemble plus ou moins à ce que j’avais imaginé, je ressens la satisfaction d’en avoir été capable, toute seule. Je n’ai eu besoin que de moi-même, de temps et de persévérance.

Le soir, j’enfourne une belle lasagne faite maison et la déguste avec mes proches. Je me sens éreintée mais accomplie. Je m’endors, confiante.

Jour 61 – Savourer

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Le réveil sonne et pour ne pas changer une équipe qui gagne, mon corps endormi et moi-même, nous nous rendons sur le tapis de yoga. Dehors, le soleil se lève, timidement. Je me sens à l’aise dans mes mouvements, ils sont fluides et je parviens à faire le vide de plus en plus rapidement. Arrive une posture me demandant, si j’en ai l’envie et la possibilité, de me mettre sur la pointe des pieds. Et sans m’en apercevoir, je me lance. Certes, je ne peux pas tenir la posture, j’y accède tout juste mais j’ai essayé. Ce n’est qu’à la fin de la pratique que je m’en rends compte. Pour remettre un peu de contexte, il y a un an, me mettre sur la pointe des pieds, pour attraper quelque chose, par exemple, c’était inenvisageable. J’étais trop faible, et cela impliquait une souffrance sans limite. Il y a deux mois, me mettre sur la pointe des pieds, j’y pensais quinze fois et puis je me disais que c’était mieux pas, je n’en étais pas capable. Et voilà que désormais, il n’y plus de limites. Alors, la douleur est toujours là mais j’ose enfin la défier. Et j’avoue, j’ai eu mal mais rien d’insurmontable. C’est une petite victoire pour entamer une belle journée.

La matinée passe à une allure folle. J’enchaîne entre les rendez-vous et les petites choses à faire. Je me déplace avec facilité et détermination. Et dans mes pensées, je ressens une profonde gratitude d’arriver à jongler avec autant de choses dans un laps de temps si restreint. J’avais accepté cette nouvelle vie, faites de choix et de contraintes en me contentant du plus important. Cependant, c’est un bonheur sans fin de pouvoir vivre un peu plus, comme avant. Je suis très lucide malgré tout, je sais que rien est acquis et que demain est un autre jour. Alors je savoure aujourd’hui.

Aujourd’hui, je savoure le repas que j’ai eu du plaisir à réfléchir, me procurer les ingrédients puis concocter.

Aujourd’hui, je savoure le rayon de soleil qui me salue, simplement.

Aujourd’hui, je savoure lorsque mes doigts défilent sur le clavier, laissant une trace de cette folle aventure qu’est la vie.

Aujourd’hui, je savoure chaque mouvement, peut importe la douleur.

Aujourd’hui, je savoure d’arriver à remplir mes obligations sans me laisser déborder par le stress de l’inconnu.

Aujourd’hui, je savoure les moments de repos que je m’octroie, sans les voir comme une punition.

Aujourd’hui, je savoure les instants passés avec mes proches, entre confessions et paroles légères.

Aujourd’hui, je savoure cette fatigue dont je connais la cause et que j’accueille avec joie.

Aujourd’hui, c’était une belle journée pour savourer le goût de la vie.

Jour 57 – À cent à l’heure

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J’émerge, la tête pleine de sommeil.

Ce matin je dois me rendre à la poste, de bonne heure. C’est le week-end et je ne souhaite pas me confronter à l’ébullition de la ville. Je m’habille et avale un rapide petit-déjeuner.

Arrivée dehors, le froid recouvre mes joues. Paraît-il que c’était l’une des nuits les plus froides de la saison. Je me fais toute petite dans mon manteau, afin d’être protégée. En marchant, j’analyse mes muscles et leurs sensations. J’oublie les douleurs de la veille et me défie de vivre comme si de rien n’était. D’un pas assuré, j’avance vers l’enseigne jaune. Sur la place, le marché et ces effluves sont de sorties. Je n’ai besoin de rien mais j’observe attentivement, de loin, les couleurs des légumes sur les étendards. Je remplis mes narines de toutes les odeurs. C’est un joli spectacle. Je rentre enfin dans la poste et à ma grande surprise, elle est vide. Tout le monde dort encore. Mission accomplie.

Je rentre, mon esprit est apaisé. Je peux désormais me consacrer à faire ce qu’il me plaît.

En arrivant à la maison, je profite de mon énergie pour ranger un peu le fouillis accumulés ces derniers jours. En période de crises, j’en fais évidemment le moins possible et forcément, le désordre s’installe. Heureusement, je ne lui laisse jamais l’opportunité de s’installer définitivement.

Puis, vient mon moment de plaisir, le yoga. Je m’installe sur le tapis, les muscles encore chauds de ma matinée. Je m’encre dans la pratique avec facilité et elle m’amène tout ce dont j’ai besoin. Je remercie mon corps de me le permettre. Depuis que je pratique, je me rends compte du changement global qui s’opère. Sur ce tapis, je développe tellement de belles qualités telles que la patience, la douceur, la discipline, l’indulgence, la confiance mais aussi, la force (mentale et physique), la clarté, la vitalité, l’acceptation et bien d’autres. Et peut-être que certaines choses étaient déjà là mais enfouies par la vie, au plus profond de moi. Aujourd’hui, je me rends bien compte que je vis de plus en plus, dans le moment présent et que je suis globalement plus heureuse. Et pourtant, je crois ne jamais m’être sentie profondément malheureuse. Malgré les aléas de la vie, j’ai toujours gardé cette positivité qui me caractérise depuis l’enfance. Pourtant, le yoga me permet de raviver cette flamme.

Après cette séance, plus que bénéfique, je suis en condition idéale pour écrire. Je n’ai pas réellement eu la possibilité d’écrire durant les jours précédents, je vais remédier à ça. C’est le cerveau bouillant que je noircis la page. Je dois admettre, ça m’avait manqué. Cet instant d’introspection, de gratitude et de retranscription avait laissé un vide. Alors, mes doigts se déchaînent et je vide toutes mes pensées. Je m’aperçois que s’en est devenu un besoin. Autant que pour le yoga, l’écriture me permet de tenir le cap. Peu importe si ce que je dis n’a aucun intérêt, peu importe si personne ne lit. J’avance vers mon ambition d’un bien-être quotidien, simple et facilement cultivable. Je n’ai pas besoin de gravir une montagne chaque jour pour être heureuse. J’ai vidé ma tête et désormais, je me sens prête à passer à la prochaine étape de ma journée.

Je n’ai pas encore prévu la suite mais mon ventre me met sur une piste. Il gargouille. Je vais dans la cuisine et demande à mon frigo que faire. Évidemment, il ne répond pas, c’est un frigo. Je demande alors à mon estomac mais lui aussi reste mutique. Forcément. Je demande à mes jambes ce qu’elles en pensent. (Promis je suis saine d’esprit, je crois.) Et figurez-vous qu’elles me répondent. Elles m’expliquent qu’elles ont encore de l’énergie pour être debout, elles sont d’accord de me porter pour que je puisse cuisiner. Elles me soufflent de profiter de cette configuration pour préparer un peu plus de nourriture, pour les jours difficiles.

J’obéis. La décision se fait rapidement, concernant la recette. Je prépare une tarte de légumes, en faisant ma pâte maison. Musique en fond sonore, je suis emportée dans la tâche. J’enfourne le plat et dans un élan de folie, je prépare quelques petits gâteaux aux framboises. Pendant que je finis de remplir les caissettes à muffins, je commence à fatiguer. Je comprends que mes limites sont proches. Comme d’habitude, je ne les vois jamais venir. J’attaque la vaisselle et tente de chanter pour distraire les sensations désagréables me parcourant. C’est une lutte pour finir cet acte si banal. Avez-vous déjà été fier d’arriver à finir de laver votre vaisselle? C’est un sentiment risible et étrange.

La tarte est prête. Je savoure, contente d’avoir effectué toutes ces activités. Je termine mon repas par un gâteau tiède, délicieux. Les restes de la tarte, partent tout droit dans le congélateur. Merveilleuse invention.

L’après-midi est déjà autant entamée que mon énergie. Je m’installe dans le canapé, allongée et une série en fond. Je regarde, je somnole et je reviens en arrière. Je réfléchis, je me repose. Je ne veux même pas m’attarder sur les points de douleurs. Mon mental est plus fort pour les étouffer.

Avant de me coucher, la luminosité par la fenêtre m’intrigue. Je ne comprends pas exactement comment il est possible, en pleine nuit qu’il y ait autant de clarté. Puis je baisse les yeux sur le sol du balcon et vois la matière blanche. Je suis surprise. Il a neigé. Le sol est recouvert d’une couche déjà épaisse. L’horizon est flouté. Aurais-je mal regardé? J’ouvre la fenêtre et tend la main au milieu de la nuit. La neige est si fine qu’elle fond instantanément à la surface de ma peau. Elle est si fine qu’elle est presque imperceptible dans l’obscurité. Je referme la fenêtre et malgré le froid que je viens d’affronter, je suis bouillante d’excitation. Je jette un dernier regard sur la neige, lui faisant promettre d’être encore là, à mon réveil et me dirige vers mon lit. Cette fois, demain, j’irais fouler l’or blanc.

Jour 50

Endormie dans les douleurs, le repos n’a pas eu l’effet escompté. J’émerge, tirée du sommeil abruptement par les crispations de mes muscles. Je me lève péniblement et vais m’installer dans le canapé, histoire de changer de point de vue, d’avoir l’impression de me lever. La vérité, c’est que je suis juste allongée, plus loin. Au fond de moi, j’ai envie de peindre. Ça me démange. Je dois être réaliste, c’est une activité trop ambitieuse pour aujourd’hui. Les rayons du soleil parviennent jusqu’à moi. Ils sont trompeurs. Dehors, le thermomètre est dans le négatif. Malgré tout, ils m’apaisent et me rendent confiante. Je me promets le repos, et me laisse espérer que demain, je pourrais peindre. Dans ma tête, le processus créatif commence déjà. Je ne peux certes commencer la peinture mais je songe déjà aux choix des couleurs, à la technique. Ainsi, j’occupe le temps et fait grandir l’envie. La joie éprouvée ne sera que plus grande.

Après plus de la moitié de la journée au repos, je calcule l’énergie accumulée. Je cherche à rentabiliser au mieux ce qu’il me reste. Aller dehors ne rentre même pas en compte, c’est pas grave. Je décide d’aller en cuisine. Je pourrais à la fois écouter de la musique et créer de bonnes choses. Je ressens bien l’épuisement dans mes jambes mais je décide de faire la sourde oreille, tant que je tiens debout. Je commence par me cuisiner du pain perdu aux herbes et des courgettes. Puis, je m’asseye à peine pour déguster l’assiette. Je suis sur une bonne lancée et je ne veux pas m’arrêter. J’entame une recette de muffins. Je suis un peu indécise alors j’en fais aux framboises et d’autres au chocolat. Pendant qu’ils cuisent, je m’asseye sur le carrelage froid. Je relâche mes muscles.

Finalement, je préfère ceux aux framboises.

Lorsque la cuisson est terminée, j’attaque ma deuxième idée. Je prépare une lasagne maison. J’en fais suffisamment pour pouvoir me garder une part, au congélateur. Pour les jours sans.

Au moment où je dois faire la vaisselle, ça commence à être challengeant. Je me dépêche de terminer le tout et pense à la récompense.

Le yoga. J’arrive sur mon tapis et enclenche la vidéo. J’ai gardé spécialement cette séance pour le soir car elle s’annonce plus calme. Et je vis une expérience différente. Je me suis tellement pressée de finir en cuisine, car je n’en pouvais plus, qu’à l’intérieur, ça grouille encore. J’ai du mal à discipliner ma respiration. Je ne contrôle rien. Par moment, je n’entends même plus ce qu’Adriene dit car je suis complètement perdue dans mes pensées. Alors je jongle entre les postures, mes pensées envahissantes et la respiration indomptable. C’est une séance douce et pourtant, le chaos se déchaîne. J’en viens à me dire que je n’en tirerais aucun bénéfice et que je ferais mieux d’arrêter là. Mais heureusement, instinctivement je continue. J’arrive au bout de la pratique, sans m’en apercevoir. Finalement, j’ai persévéré et réussi à me centrer. Comme quoi, l’importance n’est pas dans le fait d’avoir une pratique idéale en tout temps mais plutôt d’accepter l’imperfection et que de celle-ci, le positif peut toujours jaillir.

Le minuteur sonne, juste à temps. C’est l’heure de déguster mon plat. Je remplis mon estomac et me sens au fur et à mesure, accomplie.

En ce début de soirée, je me sens fatiguée. C’est de la bonne fatigue, j’en suis heureuse. J’admets qu’à cet instant, j’ai très peu envie d’écrire. Pourtant, c’est mon rendez-vous quotidien. Je sais que j’aime faire ça et que j’en retire des bénéfices. Mais j’ai pas envie. C’est bête, pour une fois que je n’ai pas mal aux mains. Alors, je décide de me forcer un peu. C’est comme pour le yoga, même si je sais que je ne vais rien produire d’incroyable, ce n’est pas là l’important. Le processus est plus riche que le résultat. Je peine donc à me plonger entre les mots. Et sans que je m’en aperçoive, la magie opère. La bulle se forme, opaque et confortable. Le texte s’épaissit.

Au point final, je me sens légitime pour aller me coucher, enrichie de mes nouveaux apprentissages.

Jour 46

Cette nuit, j’ai cauchemardé. Je me suis fait une théorie à ce propos. Je constate que bien souvent, en me réveillant d’un mauvais rêve, je suis criblée de douleurs. J’ai l’impression que dans mon sommeil, mon corps perçoit ses sensations négatives et qu’il tente de m’en faire prendre conscience en me réveillant, par le biais d’un cauchemar. Comme ça, je peux me lever et tenter de faire quelque chose pour soulager le mal. C’est ainsi que j’explique les mauvais rêves douloureux. C’est sûrement plus simple d’encaisser cet épisode désagréable avec cette explication.

Pendant que je songe à ma petite théorie farfelue, je prépare mon petit-déjeuner.

Je réserve ma séance de yoga à plus tard et m’attaque à la lessive. Entre deux machines, j’avance les choses qui doivent être faites. La simplicité du quotidien m’accompagne et nous avançons jusqu’au douze coups de midi.

Je décide de me récompenser pour tout ce que j’ai déjà accompli aujourd’hui, par le yoga. Après la nuit que j’ai passé, j’accueille ce moment avec bonheur. La séance ne me pose pas de difficultés et c’est suffisamment agréable pour le noter. Ma lente respiration est bénéfique. Ce moment est la parenthèse dont j’avais besoin. Elle me fait sentir réellement là, bien dans mes chaussettes.

Après le repas, je décide de préparer du pain pour ce soir. J’enclenche la musique et c’est aussi l’occasion de profiter d’une des choses que je préfère. Je peux chanter. J’apprécie ce genre de moment où mes mains sont occupées, ma voix résonne dans la cuisine et mon esprit se sent libre. Je n’ai pas la prétention d’avoir un quelconque talent. Tout ce que je recherche, c’est les notes qui me font vibrer de joie. De plus, allier ma passion pour la cuisine et la musique en un seul et même moment, c’est doublement gagnant. Il n’en faut pas plus pour dessiner un large sourire sur mes lèvres.

Pssst! Voici mes petits pains. Ils sont à la farine d’épeautre. Miam.

Lors que je sors de ma cuisine, j’ai une idée en tête. J’aimerais aller acheter un nouvel aliment, du souchet. Alors, je pars à la recherche de celui-ci. Entre deux boutiques, l’air est glacial. Je regrette de ne pas avoir pris d’écharpe. Je cache mes mains dans mes poches et j’avance, mon objectif en tête. Je suis tellement focalisée sur ma mission, que j’observe très peu ce qui m’entoure. Et mes efforts paient. Après plusieurs magasins, je finis par trouver. Je m’empresse de rentrer car j’ai une petite idée de ce qui va composer mon goûter!

En arrivant, je me lave rapidement les mains et saute sur le paquet que je viens d’acquérir. Je prends une petite noix entre mes doigts et la glisse dans ma bouche. C’est croquant et un goût entre la noisette et la châtaigne se dévoile. J’en reprends une. Je mâche. Quel plaisir. Mon sourire s’élargit. Je n’ai pas mangé de fruits à coques depuis bien longtemps et ce croquant me manquait terriblement. Je suis ravie d’avoir trouver un nouvel aliment à ajouter à mon panel. Ça m’encourage d’autant plus à cuisiner. J’ai envie de tester plein de recette avec le souchet. Je le conseille aux curieux.

Le soir venu, je m’installe confortablement pour écrire. Aujourd’hui, c’est plus simple. Les mots apparaissent, prêts à être transcrits. Mes idées sont claires et je sens dans la rapidité de mes doigts, que je dois ralentir si je ne veux pas provoquer la douleur. Je suis tellement heureuse de pouvoir écrire chaque jour, des bienfaits que cela m’apporte que je n’imagine plus ma vie sans. Alors je veux bien ralentir la cadence, si cela me permet de tenir sur la durée. J’achève de compléter mes pensées et vais me coucher. Le coeur léger.

Jour 40

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Les premiers mouvements se font dans mes paupières. Je prends possession de mon corps et sors de ce long sommeil. En me levant, j’ai la sensation d’être nouvelle. J’ai dormi une douzaine d’heures, c’est rare. Et je me sens en pleine forme. J’oublie rapidement les dernières quarante-huit heures passées.

Instinctivement, je décide d’utiliser cette énergie pour faire un rangement général dans ma maison. J’en profite pour ranger les décorations de Noël. J’organise, je trie, je jette. Je suis en ébullition et me déplace dans toutes les pièces. Je change le décor. Comme pour me préparer à l’année à venir. Je fais de la place pour mon avenir. Je passe en revue, tout ce qui m’a entouré durant ces derniers mois. Une petite introspection se fait naturellement. Je suis complètement sereine.

Je ne vois pas une seconde de l’après-midi passer.

Je réalise l’effort colossal que je suis entrain de faire subir à mon corps lorsque je casse un verre, par un geste maladroit. Le bruit du bris de glace me fait revenir sur terre. Mes muscles sont tous fatigués. Je m’étais à peine remise de la veille que je pousse les limites. Comme pour prendre ma vengeance sur ce temps perdu. Il m’arrive de ne pas savoir faire les choses à moitié. Je profite toujours à fond lorsque je le peux.

Malgré tout, je suis satisfaite de mon initiative et la nuit s’annonce douce.

Jour 39

Le soleil finit toujours par briller.

Le début de journée est un gros brouillon. Je prépare et avale mon petit déjeuner sans conviction. Je ne suis pas réellement sûre d’être réveillée. Mes gestes sont lourds. Je m’enfonce dans l’épuisement.

J’admets, qu’aujourd’hui, ça touche mon moral. J’étais optimiste et résiliante mais ça c’était hier. À l’heure actuelle, ça m’affecte. Je suis frustrée d’être impactée par cet abattement. Je l’observe et le voit s’installer depuis plus de vingt-quatre heures et j’ai désormais peur que ça ne reste à jamais. C’est irrationnel et je le sais. L’expérience m’a déjà montré que cet abattement ne dure jamais. Pourtant, j’ai toujours la trouille que cela change.

L’idée de me mouvoir reste à ce stade. C’est joli mais les mouvements ne suivent pas. Je ne sais pas comment me sortir de ce tourbillon tumultueux d’ennuis. Je ne sais plus comment accepter encore et encore cet état. Je ne suis pas révoltée mais complètement résignée. J’attends.

J’attends d’avoir accumulé suffisamment d’énergie pour émettre une pulsion de vie.

Même l’écriture est maladroite. Mes doigts gesticulent dans le désordre et mes pensées sont incertaines. Je ne comprends rien à cette réalité fatigante. Je temporise, peut-être que ça passera.

En fin de journée, une main m’est tendue. Un soutien moral et physique pour m’accompagner prendre l’air. J’y vais sans conviction. Je me prépare avec pesanteur et maladresse. C’est difficile. En sortant, je m’aperçois que ce matin, je n’ai pas prêté attention au temps du jour. Il est aussi mauvais que mon état. Pluie, grêle, vent et nuages de toutes les teintes. La météo tient à s’exprimer. Arrivés au bord du lac, je respire pour la première fois de la journée. Les nuages laissent place à un rayon de soleil. Il m’apporte une lueur d’espoir. Je décide de laisser là, près de l’eau agitée, toute cette spirale négative. Je coince mes douleurs, mon humeur dans les chaussettes et ma fatigue entre les rochers. Je n’ai besoin de rien de tout ça.

En rentrant, je me sens réconfortée. La vie reprend malgré la fatigue et et les peines. L’optimisme aussi se remet en marche.

Jour 38

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La fin de l’année approche à grand pas. Je vois mes réserves d’énergie diminuer brutalement, sans comprendre pourquoi.

Je me réveille et reste dans un demi sommeil. Par moment, je saisis ma liseuse. Je n’arrive pas à suivre le récit. Je me sens usée, fatiguée. Je cesse, je la pose et ferme les yeux. Je me repose. La journée s’écoule.

C’est un jour où tous les actes me coûtent le double. Dès que j’ai l’occasion de m’asseoir, je le fais. J’écris à peine. Je mange à peine. Je passe mon tour pour marcher ou faire du yoga. Je vis à peine.

À Contrario, mon humeur est joyeuse. J’ai un peu de mal à percevoir le second degré, je réfléchis moins bien que d’habitude mais au fond, ça va. Je ne me sens pas si mal. J’accepte cette ambiance corporelle. J’avance avec. Je m’endors épuisée. C’est ainsi, je garde l’espoir d’un meilleur lendemain.

Jour 37

Premier jour où je me sens en vacances. Je me réveille et passe ma matinée au lit. La douceur des draps me cajole. Le temps passe et ça n’a aucune importance. Le mot du jour est le repos.

Vers midi, je me demande si je vais mettre un pied dehors. Au même temps que cette pensée, je baille et abandonne l’idée saugrenue. Je me prépare un petit-déjeuner à leur du repas. Je vais décidément être décalée et j’aime déjà ça.

Après un brin d’écriture, les possibilités d’activités récréatives sont multiples. Je prends un temps considérable à me décider. Je vais aller peindre.

En musique, je prépare mon atelier. J’étale du papier journal un peu partout, afin d’éviter les mauvaises surprises et sort mes tubes de peinture. J’observe une à une les couleurs et commence déjà à imaginer la suite. Je prépare les ustensiles, enfile mon tablier de peinture. Il ne me reste plus qu’à choisir la grandeur de la toile. Une fois mon plan en tête, je me lance dans ce flou créatif. Je suis focalisée sur la peinture. Les teintes se mélangent et créent des surprises. Mes gestes sont lents et précis. En réalisant ces toiles abstraites, je me réalise.

C’est loin d’être parfait, mais c’est fait par…

Après avoir ranger le chantier que j’ai sorti pour ma peinture, je me repose un moment.

Le soir venu, une poubelle demande à être sortie. Je m’exécute et une fois dehors, l’envie de faire le tour du quartier me saisit. Je suis sortie sans musique et c’est une chose merveilleuse. Je marche la tête dans mes pensées. Mes pensées entrecoupée par les rafales de vents. Je me plais à écouter les sons des bourrasques puissantes. La nature est incroyablement belle lorsqu’elle se déchaine. Au dessus de la route, les lumières tanguent et créer une ambiance particulière. Je savoure à plein poumons ces instants. L’air est glacial et lorsque j’expire, je dis au revoir à ma propre chaleur, sous forme de nuage. Quel magnifique spectacle, je ne regrette décidément pas d’avoir sorti les poubelles.

En rentrant, je me retrouve rapidement sur la tapis de yoga. Mes muscles étant encore chauds de ma petite escapade, je tiens à les étirer. Je me sens bien. Je me sens reposée. L’objectif de la journée est atteint, je peux désormais aller me coucher.